Mis à jour le 2 novembre 2026

Yann Mambrini : « Il me paraît peu probable que la vie n’ait jamais émergé ailleurs que sur Terre. »

Directeur de recherche au CNRS, astrophysicien, physicien théoricien et Isséen impliqué dans les activités culturelles de la Ville, Yann Mambrini est un spécialiste de référence du cosmos et de l’histoire de l’Univers. Une histoire qu’il nous raconte dans son dernier ouvrage, Il était sept fois l’Univers… et dans Point d’Appui.

Point d’Appui : Quel est votre lien avec Issy-les-Moulineaux ? 

Yann Mambrini : Isséen depuis 2015, j’apprécie énormément le cadre de vie de la ville et la richesse de son offre culturelle. J’ai participé plusieurs fois aux Rencontres des auteurs isséens, qui permettent un contact direct avec les lecteurs et donnent lieu à des échanges toujours très enrichissants. J’ai également donné deux conférences à la médiathèque et trois à l’Espace Andrée-Chedid, notamment dans le cadre de l’Université populaire d’Issy-les-Moulineaux, fondée et présidée par Henri de Monvallier, dont je tiens à souligner le travail remarquable. 

P. d’A. : À quoi ressemble votre quotidien ? Sur quoi travaillez-vous ? 

Y. M. : Je travaille dans un domaine qui me passionne : la cosmologie primordiale, c’est-à-dire tout ce qui s’est passé durant la toute première seconde de l’Univers. Mon quotidien est fait d’équations, de modèles, de simulations et d’échanges avec des collègues. J’essaie notamment de comprendre comment la matière noire et la lumière ont pu être produites à partir de l’énergie colossale présente aux tout premiers instants. J’enseigne également à l’École normale supérieure, rue d’Ulm, et j’exerce plusieurs responsabilités au sein du CNRS. Cela me permet d’avoir une vision assez complète du métier de chercheur, entre recherche, enseignement, évaluation scientifique et vie collective. Ce qui me fascine le plus reste ce lien profond entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. 

P. d’A. : D’où vous vient cette passion pour le cosmos ? 

Y. M. : Je crois que cette passion remonte au collège, lorsque j’ai lu un numéro spécial de Science & Vie consacré aux paradoxes temporels liés à la relativité. J’y avais découvert que des milliards de particules presque insaisissables, les neutrinos, nous traversent en permanence. Pour l’adolescent que j’étais, c’était fascinant. Il y a d’ailleurs une jolie coïncidence : le prix Nobel de physique vient d’être attribué cette année à Francis Halzen, l’un des pionniers de la recherche sur ces « particules fantômes » venues du cosmos. J’en parlais déjà dans mon précédent ouvrage, La Nouvelle Physique. 

Puis, de fil en aiguille, cette curiosité est devenue un métier. Aujourd’hui, je ne lis plus seulement les découvertes des autres : j’essaie moi-même de comprendre ce que nous ne savons pas encore et de contribuer, modestement, à la construction de nouvelles connaissances. 

P. d’A. : Vous venez de publier un nouveau livre, Il était sept fois l’Univers, aux éditions Albin Michel. De quoi parle-t-il ? 

Y. M. : J’y raconte cette fabuleuse histoire du cosmos en sept jours. Ces journées sont évidemment symboliques. Après tout, une journée n’a pas toujours duré exactement 24 heures : elle était plus courte à l’époque des dinosaures et continue aujourd’hui à s’allonger très lentement sous l’effet de la Lune. On peut donc imaginer un lundi qui dure une fraction de seconde, un mardi une seconde, un mercredi 400 000 ans, un jeudi plusieurs centaines de millions d’années… Chaque journée correspond à l’arrivée d’un nouvel acteur cosmique : l’espace, la lumière, les atomes, la matière noire, les galaxies, puis l’énergie noire. Tous ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de l’Univers et relient, d’une certaine manière, l’infiniment petit à l’infiniment grand. 

Je voulais aussi montrer les progrès extraordinaires accomplis par la cosmologie au cours des vingt dernières années. Le livre propose pour cela trois niveaux de lecture — une piste verte, une bleue et une rouge — afin que chacun puisse avancer à son rythme. En une semaine, le lecteur parcourt ainsi toute l’histoire du cosmos, de ses origines jusqu’à la formation des galaxies, des étoiles et des planètes, avant d’envisager son avenir. 

P. d’A. : Que savons-nous réellement des premiers instants de l’Univers ? 

Y. M. : À partir d’environ une seconde après le Big Bang, nous connaissons assez bien l’histoire de l’Univers, notamment grâce aux premiers éléments formés et aux observations de la matière noire et de l’énergie noire. Avant cette première seconde, le terrain devient plus spéculatif. Les modèles d’inflation cherchent à décrire ces tout premiers instants et de futurs satellites devraient bientôt les explorer. 

P. d’A. : Qu’est-ce que cette fameuse matière noire dont vous parlez et de quoi est-elle faite ? 

Y. M. : La matière noire joue le rôle d’une « colle gravitationnelle ». C’est une sorte de toile d’araignée : pendant des millions d’années, elle a attiré et piégé le gaz intergalactique, qui s’est ensuite compressé sous la force de la gravité pour former les premières étoiles, puis les premières galaxies. C’est une véritable charpente autour de laquelle l’Univers a pu se structurer. Sa nature profonde reste cependant l’un des grands mystères de la physique moderne et l’une des sources de mes recherches. 

P. d’A. : Peut-on prévoir l’avenir de l’Univers ? 

Y. M. : En 1998, des astronomes ont découvert que l’Univers ne se contente pas de s’agrandir : son expansion accélère. Autrement dit, les galaxies s’éloignent les unes des autres de plus en plus vite. Si cette accélération se poursuit, dans environ 100 milliards d’années, presque toutes les galaxies que nous voyons aujourd’hui auront disparu de notre horizon. L’avenir de l’Univers semble donc plutôt froid, sombre et vide. Mais d’autres scénarios restent possibles. C’est justement ce que je réserve dans mon livre pour la journée du dimanche, consacrée aux futurs possibles du cosmos. 

P. d’A. : Enfin, croyez-vous à une vie extraterrestre ? 

Y. M. : En un mot : oui ! J’évoque d’ailleurs cette question dans le livre, à travers le fameux paradoxe de Fermi. Il existe des centaines de milliards d’étoiles dans notre galaxie, et des centaines de milliards de galaxies dans l’Univers observable. Nous savons désormais que les planètes sont très communes et qu’un certain nombre d’entre elles pourraient offrir des conditions favorables à la vie. Il me paraît donc très peu probable que la vie n’ait jamais émergé ailleurs que sur Terre. En revanche, qu’elle soit devenue intelligente et surtout capable de communiquer avec nous, c’est une tout autre question.