Mis à jour le 25 septembre 2026

Festival « Des voix et des langues » : respirez fort !

Pour sa troisième édition, le festival “Des voix et des langues” ne manque pas de souffle ! Et pour cause, c’est autour de cette thématique que le CLAVIM vous invite à participer à un florilège d’événements pour tous les âges et tous les goûts.

Incontestablement, l’interdisciplinarité reste plus que jamais la marque du Festival “Des voix et des langues”. En ce mois d’octobre, musique, poésie, théâtre, arts plastiques, arts martiaux, science, psychanalyse, linguistique, cinéma, sophrologie sont au rendez-vous ! il n’en fallait pas moins pour célébrer le souffle, explorer les mystères de la voix et donner à voir la richesse des langues comme signe de fraternité. 

Au programme de l’édition : une conférence sur les superpouvoirs de la respiration, deux ateliers et une rencontre sur le chant prénatal ; une exposition d’étonnantes flûte-appeaux conçues par l’artiste-plasticien Jean-Luc Bichaud à l’Espace Andrée Chedid ; une exposition sur l’odorat au Temps des Cerises ; une rencontre sur les langues régionales en présence du linguiste Bernard Cerquiligni, un focus sur les langues sifflées (voir ci-dessous) ; des interventions-choc des Souffleurs Commandos Poétiques ; des balades pour s’initier aux chants des oiseaux ; un concert de Rosaway proposé par Le Réacteur ; des masterclass de chant et de théâtre, des ateliers parent-enfant autour de la sophrologie… 

Et tant d’autres surprises ! 

Projections, concerts, spectacles attendent petits et grands durant tout le mois.  

Un festival qui se veut également ouvert aux multiples talents de la Ville avec des ateliers d’écriture, des scènes ouvertes aux poètes, aux polyglottes, aux musiciens ! 

Au total ce sont près de cinquante événements qui vous sont proposés grâce au soutien de la Ville d’Issy-les-Moulineaux, du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, de la DRAC d’Ile-de-France et de nombreux partenaires. 

Tout le programme du festival : https://www.clavim.asso.fr 

Le siular d’Aas, la langue qui renaît en sifflant 

La 3e édition du Festival s’intéresse aux langues sifflées. Philippe Biu, enseignant d’occitan à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour est l’un des artisans de la résurgence du siular d’Aas, langage sifflé de la vallée d’Ossau. 

Point d’Appui : Une langue sifflée en France, voilà qui ne manque pas d’étonner. Par qui était-elle pratiquée ? Est-ce la seule qui soit répertoriée dans notre pays ? Et qu’en est-il ailleurs aujourd’hui ? 

Philippe Biu : Plusieurs dizaines de langues à travers le monde disposent d'une version sifflée, mais on n'en compte que deux en Europe : le grec, sur l'île d'Eubée, et l'occitan, en vallée d'Ossau, plus précisément au village d'Aas. Dans les deux cas, les bergers de ces régions montagneuses disposaient d'un moyen de communiquer efficacement à grande distance malgré le relief rendant les déplacements difficiles. 

P. d’A. : Le siular d’Aas aurait dû s’éteindre avec la disparition de sa dernière locutrice à la fin du XXe siècle. Vous avez œuvré avez d’autres pour le faire renaître. Pouvez-vous nous dire quelques mots de ce projet, des motivations qui vous ont animé pour le mettre en œuvre ? 

P. B. : C’est effectivement un projet collectif, mais qui est né de la volonté, presque déraisonnable, d'un seul homme, Gérard Pucheu. C'est lui qui a ramené des îles Canaries la technique permettant de siffler la parole qui avait disparu chez nous. Il a ensuite su rassembler des personnes animées par le désir de transmettre et de valoriser notre culture. 

P. d’A. : Le siular d’Aas est enseigné à présent à l’école, au collège. Comment les élèves se sont-ils emparés de ce langage singulier ? Quels apports en ont-ils retirés ? 

P. B. : Le souvenir des anciens siffleurs d'Aas est encore présent dans les familles ; les élèves ont immédiatement perçu que le siular est un patrimoine unique dont ils sont les héritiers. Ils sont fiers de le faire vivre à nouveau, et ma collègue d'occitan Nina Roth vous dirait que l’irruption dans le cadre scolaire de cette matière requérant des aptitudes différentes a permis à plus d’un collégien en difficulté de reprendre confiance et de réussir. 

Conférence : Revitaliser l’occitan sifflé : samedi 10 octobre de 15h à 16h30 à l’Espace Andrée Chedid 

Exposition : siffler le gascon, histoire d'une renaissance : Du samedi 3 octobre au samedi 31 octobre à l’Espace Andrée Chedid 

Réservations ici. 

Les Souffleurs, quand la poésie murmure à l’oreille du monde   

Vous les verrez surgir quelque part en ville au moment où vous y attendez le moins. Les Souffleurs Commandos Poétiques débarquent à Issy le samedi 10 octobre. Point d’Appui a rencontré Olivier Comte, fondateur et directeur artistique de cette étrange compagnie qui a à son actif des centaines d’apparitions publiques en France et dans le monde entier. 

Point d’Appui : Vous avez créé Les Souffleurs Commandos Poétiques en 2001 comme une « tentative de ralentissement du monde ». La poésie peut-elle nous offrir un autre rapport au temps ? 

Olivier Comte : La littérature est un arbre immense à l’abri duquel on peut prendre le temps de lire quelques feuilles. Cet arbre produit un jus concentré, une sève, un latex de littérature : la poésie. Ce latex, les Souffleurs le considèrent comme une pharmacopée dotée de principes actifs extrêmement puissants dont le champ d’action est le temps : le temps contemporain, le temps personnel, le temps collectif. Les Souffleurs considèrent l’espace public comme un espace, non superficiel, mais temporel. Chacun est dans son moment, la poésie agit dans le moment personnel. La démesure est intérieure ! 

P. d’A. : Reconnaissables à leurs longues cannes creuses avec lesquelles ils murmurent à l’oreille des passants des « secrets » poétiques, philosophiques et littéraires, les Souffleurs Commandos Poétiques ont fait de l’irruption dans l’espace public leur mode d’action privilégié. Une façon de rappeler que le poème s’adresse toujours à l’Autre dans ce qu’il a de plus singulier ? 

O. C. : Parler la poésie à un seul, être seul à entendre puis écouter au milieu du tohubohu du monde est un cadeau d’exception. Une mise en parenthèse dans laquelle l’émotion inonde, par le texte, l’ensemble du corps de l’esprit. Là est notre tentative. C’est ainsi que la poésie soufflée agit. 

P. d’A. : Pour le Festival vous avez sélectionné des poèmes en français sur le souffle, thème du festival, mais aussi des textes écrits dans de nombreuses langues. Pourquoi ce choix original ? 

O. C. : Toutes les cultures ont incisé l’arbre des histoires pour produire le latex poétique. Avant de savoir l’écrire, l’homme chantait sa poésie. Faire entendre la musique de la langue, c’est chanter toutes les langues qui écrivent. Le texte chante sa langue. Nous nous inscrivons dans ce chant universel. C’est pourquoi nous dé-livrons la poésie, (dé-livrer, littéralement : sortir du livre), et la parlons dans ses musiques. Les Souffleurs parlent actuellement la poésie en 23 langues.