Publié le 11 février 2021

🗣 #CultureChezVous | Assistez à la conférence Entretien d'Issy sur l’école du Bauhaus

Après avoir évoqué l’expressionnisme, le cycle « Les voix de la révolte » revient sur un mouvement artistique novateur, « Le Bauhaus », avec Lionel Richard, professeur honoraire des universités.

Né en 1919, en quoi l’école du Bauhaus est-elle un mouvement artistique novateur?

Lionel Richard : Dans une partie de la jeunesse intellectuelle, en Allemagne, les horreurs de la guerre entraînent, à partir de 1916, un mouvement de révolte contre la société qu’incarne Guillaume II, l’Empereur.

Cette révolte s’intègre à la révolution qui survient en novembre 1918, et qui va être écrasée en janvier 1919. Elle s’exerce contre les institutions, notamment contre l’enseignement, et plus particulièrement celui des Beaux-Arts, qui est académique et inféodé au pouvoir. C’est dans ce contexte social que l’architecte Walter

Gropius parvient à ouvrir le Bauhaus à Weimar, une école qu’il destine, mais à très longue échéance, à former des architectes, en considérant l’architecture à venir comme une synthèse de toutes les disciplines artistiques, un « art total ». Pour le moment, il ne peut qu’engager la nouvelle école dans la volonté de réforme pédagogique qui secoue l’Allemagne, en train de passer d’un ordre monarchique à l’instauration d’une démocratie.

Le Bauhaus favorise la pratique d’une pédagogie nouvelle, active, en s’appuyant sur un apprentissage dans des ateliers divers, à travers une collaboration entre des artisans et des artistes.

On s’y réfère souvent comme à une école d’architecture : quels domaines de l’art a-t-elle investi ?

L. R. : Cette école a investi les arts appliqués, et non pas la peinture ni la sculpture tradition - nellement enseignées dans les écoles de Beaux- Arts. Elle favorise la pratique d’une pédagogie nouvelle, active, en s’appuyant sur un apprentissage dans des ateliers divers, à travers une collaboration entre des artisans et des artistes.

Dans l’immédiat, et pour dix ans, la fabrication d’objets utilitaires et fonctionnels est le souci prédominant. Comme discipline d’enseignement, l’architecture n’intervient dans le programme d’enseignement qu’en 1927-1928. Le Bauhaus n’a jamais été une école d’architecture.

Comment le mouvement a-t-il évolué par la suite ?

L. R. : Plus d’un millier d’élèves ont été formés au Bauhaus de Weimar et de Dessau. Très peu d’architectes parmi eux, contrairement à ce que l’on peut croire aujourd’hui. La plupart se sont affirmés dans la fabrication d’objets utilitaires fonctionnels, et ont participé au courant du « modernisme » qui a influencé ce que l’on appelle le design, notamment dans l’ameublement. Ce qui a été bien plus déterminant, c’est l’influence de la pédagogie adoptée au Bauhaus. En Europe, beaucoup d’écoles d’arts appliqués en ont repris les principes à partir des années 1950.

Entretiens d'Issy 2020/2021 : les voix de la révolte (le programme)