Mis à jour le 6 novembre 2020

Témoignage: vivre le deuil périnatal

Le Dr Schaal Laura, médecin à l’Espace Santé Simone Veil, a rencontré Laurine, mère d'un garçon né sans vie.

Vous êtes la maman d'un garçon né sans vie. Pouvez-vous nous raconter votre histoire?

Afin de combler notre amour, Jérèmy et moi avons décidé de devenir parents. 

Nous l'avons fièrement annoncé à nos proches après avoir réalisé l'échographie du premier trimestre. Nous étions tous intensément heureux. Plus le temps passait, plus mon ventre s'arrondissait et plus nous nous projetions dans notre future vie à trois. 

Lors de mon cinquième mois de grossesse notre idylle s'est interrompue. Je dormais paisiblement lorsque la poche des eaux s'est rompue. Aux urgences de la maternité, l'équipe médicale nous a annoncé que j'allais accoucher par voie basse de façon imminente. C'est le choc. Notre cauchemar s'est poursuivi lorsque les médecins nous ont annoncé que notre bébé ne survivrait pas. Nous nous effondrons. Ils poursuivent en nous expliquant qu'ils seront précautionneux concernant les douleurs liées à l'accouchement et nous évoquent ensuite des aspects auxquels nous n'aurions jamais pensé être confrontés un jour tels que l'organisation des obsèques de notre enfant ou encore l'éventuelle autorisation d'une pratique d'autopsie. À cet instant nous comprenons que notre vie bascule et qu'elle va définitivement changer.

 

Comment avez-vous vécu l'accouchement et comment se sont passés les jours suivant ? 

Suite à cette annonce, nous avons énormément pleuré. Toutefois nous avons fait le choix de rapidement nous ressaisir pour accueillir dignement notre enfant dans une atmosphère calme et douce.

Des professionnels extrêmement bienveillants et compétents qui nous ont accompagnés et amené vers la rencontre avec notre fils. Ma main n'a jamais quitté mon ventre afin de lui assurer que nous serions là pour l'accueillir avec tout notre amour. Le 23 novembre 2018, dès qu'il est né, je l'ai pris contre moi, et j'ai admiré sa ressemblance avec son père. Nous sommes restés tous les trois jusqu'à ce que l'on me demande de rejoindre ma chambre. Quel déchirement de devoir le laisser seul avec son doudou. 

Dès cet instant j'ai ressenti ce vide qui ne me quittera jamais. J'ai réalisé que je suis devenue une maman en deuil, plus précisément une mamange.

Nous avons quitté la maternité, le cœur lourd et les bras vides. En chemin, nous croisons des femmes enceintes, des poussettes : la réalité est tellement difficile après ce que nous venons de vivre.

Les jours suivants je jongle entre l'organisation des funérailles et les difficultés administratives qui viennent alourdir ma peine. Quant aux nuits, elles sont remplies de larmes et de questionnements incessants. 

Chaque jour, le moment qui m'apaisait était lorsque je me rendais auprès de mon fils à la chambre mortuaire. Je venais lui apporter uniquement ma tendresse de mère jusqu'au 7 décembre 2018 où j'ai dû affronter le pire jour de ma vie : celui de ses funérailles entouré par nos proches. 

Les mois qui ont suivis ont été affreusement douloureux. En perdant mon enfant j'avais perdu mon avenir et tout espoir d'être de nouveau heureuse un jour. Chaque acte de la vie quotidienne me demandait des efforts considérables. Je me sentais en difficulté face à toutes les références à la maternité et aux nourrissons notamment dans les rayons des supermarchés, en regardant la télévision, en répondant à des questions sur ma situation familiale car ceci me montrait constamment l'absence de mon fils.

Mon quotidien était devenu un éternel combat émotif qui me procurait un profond épuisement. 

Perdre un enfant est un traumatisme, vers qui avez-vous trouvé de l'aide ? 

Nos proches nous ont toujours soutenus. Ils nous ont aidé et libéré en accordant entièrement la place de notre bébé au sein de notre famille. Toutefois, il était important pour nous de les préserver car nous avions conscience qu'en plus de perdre leur petit fils/ neveu, ils assistaient impuissants à la pire épreuve de notre vie, tout en ayant leur propre peine à apprivoiser. 

C'est pour cela que je me suis rendue dans un groupe de paroles pour mères endeuillées. Nous avions chacune une histoire différente mais la souffrance liée à la perte de notre enfant était identique. Ainsi des liens se sont créés et chacun de nos enfants vivent à travers nos pensées respectives. Ces mères m'ont été d'une aide précieuse et je suis ravie de nous voir évoluer chacune progressivement.

Les papas vivent différemment cette épreuve, pouvez-vous nous parler un peu de votre conjoint ?

Jérèmy a eu tendance à cacher ses émotions vivant son deuil de façon plus discrète, silencieuse et intérieure. 

Il a souhaité revenir au plus vite à son activité professionnelle pour se focaliser sur autre chose que sa peine.

Ceci a généré des difficultés de communication dans notre couple jusqu'au moment où nous avons compris que nous faisions notre processus de deuil différemment mais que nous devions respecter nos besoins individuels.

L'amour que l'on se porte nous a mené à nous protéger mutuellement. Nous ne vivions pas au même moment les mêmes émotions alors une pudeur s'est naturellement installée afin d'épargner à l'un sa peine lorsque l'autre avait brièvement le sourire aux lèvres.

Vous avez le courage de parler du deuil périnatal. Quel message souhaiteriez-vous faire passer?

Le deuil périnatal n'est pas assez reconnu ainsi que la souffrance qu'il entraîne. C'est pourtant indispensable dans la reconstruction de ces 7000 parents concernés chaque année. 

Beaucoup de progrès restent à faire pour nous accompagner en commençant par reconnaître l'importance que notre enfant occupera à vie, et de façon irremplaçable dans nos cœurs.

Vous avez donné naissance à votre deuxième enfant. Comment s'est passé la grossesse d'après ?

Très difficilement. J'avais beaucoup de doutes sur le fait que mon corps arrive à donner la vie donc j'avais constamment peur pour mon enfant que j'ai aimé dès la seconde où j'ai su que l'on cohabitait. Je culpabilisais de penser à une récidive mais tous les examens que nous avions réalisé suite à la perte de notre fils aîné étaient revenus excellents. Nous devions nous résigner à un manque de chance tout en faisant confiance en cette dernière pour réussir à agrandir notre famille. Les médecins ont tenu compte du traumatisme que j'ai vécu et m'ont aidé à retrouver confiance en ce corps qui m'avait précédemment trahi.

Chaque jour qui passait était une victoire mais j'ai investi pleinement ma grossesse lorsque le terme de la première a été dépassé. 

Le 4 mars 2020 nous avons accueilli dans un amour inconditionnel notre deuxième fils entouré par les mêmes professionnels que pour mon premier accouchement. 

Instantanément, nous avons été plongés dans un arc-en-ciel de bonheur. Notre fils est extrêmement précieux. Nous sommes très protecteurs envers lui car nous avons conscience du parcours effectué et de la chance que nous avons qu'il soit parmi nous. Nous avons le privilège de voir un autre aspect de la parentalité et nous en sommes très reconnaissants. Nous profitons de chaque geste qui pourrait paraître totalement anodin et nous nous émerveillons devant tout ce qu'il réalise.

Comment allez-vous aujourd'hui avec votre conjoint? 

Après avoir vécu intensément de nombreuses émotions nous avons retrouvé un équilibre et nous sommes de nouveau heureux.

Nous vivrons toujours avec l'absence et le manque de notre premier enfant mais nous sommes fiers de la famille que nous avons fondée : nous sommes trois à la maison mais quatre dans nos cœurs.