Mis à jour le 8 avril 2026

VIDEO - Sidonie Morvan : "Et si la ménopause était une nouvelle liberté ?"

Isséenne depuis 10 ans, chef-monteuse pour la télévision et réalisatrice de court-métrages, Sidonie Morvan a conçu une série de mini-fictions décalées sur la ménopause, entièrement tournée à Issy-les-Moulineaux. Avec un succès immédiat et plus d’un million et demi de vues pour certains épisodes.

Point d’Appui : Quel est votre lien avec Issy-les-Moulineaux ?

Sidonie Morvan : J’habite ici depuis la naissance de mon fils en 2016. Comme je travaille comme chef-monteuse pour la télévision, venir à Issy-les-Moulineaux conciliait tous les avantages : avoir toutes les sociétés de production et les chaînes de télévision pour lesquelles je travaille à proximité, et une chambre de plus pour moins cher qu’à Paris où j’habitais. Nous nous sommes installés dans le quartier Saint-Etienne, proche du centre-ville, là où l’on peut sortir, où il y a de la vie, des restaurants, des commerces. 

P.d’A : Quel est votre parcours professionnel ?

S.M : J’ai passé une licence de conception et mise en œuvre de projet culturel. J’y apprenais l’art plastique, l’art et la communication culturelle, bref, une formation pour travailler dans un musée. Au cours de cette formation, j’ai rencontré une chef costumière pour le cinéma qui recherchait une assistante en urgence. Je me suis proposée et je suis devenue habilleuse pendant 4 ans. 

P.d’A : Et comment on passe au montage et à la réalisation ? 

S.M : Cette expérience sur les plateaux de tournage de cinéma m'a fait comprendre que j'aimais la réalisation depuis toujours, parce que depuis que je suis petite, quand je regarde un film, je le découpe, j’analyse les scènes, le scénario, le montage. Et quand j’imagine une histoire, j’ai déjà le montage en tête. J’ai donc commencé à tourner mon premier court-métrage. C’était en 1998. J’ai quitté le poste d’habilleuse alors que je commençais vraiment à y faire carrière et je suis allée me former au montage pendant deux ans pour en faire mon métier et avoir la technique pour réaliser et monter moi-même mes films. Là encore j’ai eu la chance qu’une connaissance rencontrée sur un plateau de tournage soit en recherche d’une assistante monteuse pour sa société (VM Productions) qui produisait des émissions pour M6. J’ai immédiatement accepté. Et j’ai profité des salles et du matériel pour, le soir, monter mes propres court-métrages. J’ai enchaîné les missions et les programmes pour devenir aujourd’hui chef-monteuse pour la télé.

P.d’A : Comment vous est venue l’idée de faire une série sur la ménopause ?

S.M : Je puise mon inspiration dans le quotidien. Et le quotidien d’une femme de la cinquantaine comme moi ou celui de mes amies c’est aussi parler de la pré-ménopause, de la ménopause, de ses symptômes, de ses conséquences sur notre vie. Tes règles qui partent, qui reviennent, les bouffées de chaleur, les pertes de mémoire - le fameux brouillard mental -, les douleurs aux articulations, la perte de libido, etc. C’est aussi un moment charnière psychologiquement dans la vie d’une femme. Et, comme je veux rester positive je me suis demandé si la ménopause n’était pas aussi une nouvelle liberté finalement ? 

P.d’A : Mais il doit y avoir déjà beaucoup de choses sur le sujet non ? Comment se différencier ? 

S.M : J’ai regardé ce qui avait été fait et je n’ai pas trouvé de programmes comme j’avais envie de le faire : avec des comédiens, dédramatisant, informatif tout en étant drôle, bienveillant mais en faisant ressortir quelques incohérences. Le sujet a vraiment explosé depuis deux ans dans la société, mais on n’en parle pas plus pour autant. J’ai surfé sur les sites, chez les gynécologues, etc…Je n’ai pas trouvé assez de réponses. Or les femmes ont envie d’en parler et qu’on leur en parle, qu’on les informe. On ne nous prépare pas à la ménopause, c’est logique, on te prépare aux règles quand tu as 12 ans, c’est tout.  Je ne cherche pas à apporter de réponses ou de conseils médicaux, ni à dramatiser la chose, bien au contraire, mais raconter comment je la vis et partager les expériences avec les commentaires des spectatrices. Je veux donner une image positive de la ménopause et de la façon de l’aborder et montrer aux autres femmes qu’elles ne sont pas seules face à elle.

P.d’A : C’est un sujet de société sérieux… que vous traitez avec beaucoup d’humour : “la série qui va vous faire aimer les bouffées de chaleur”

S.M : J'ai grandi avec l'humour à la Jacques Tati, Louis de Funès, Les Charlots, avec les films avec Pierre Richard, tout ce qui est comique de situation, très visuel, peu dialogué. C’est mon style : tout pouvoir raconter, même du dramatique, avec de l’humour et du décalage. J’aime jouer avec les apparences, surprendre. Mais la série reste toujours bienveillante. 

P.d’A : La série a trouvé son public ? 

S.M : Oui, très rapidement. J’ai créé un compte Instagram pour promouvoir les épisodes qui a très vite atteint les 50 000 abonnés. J’ai des épisodes qui ont atteint à ce jour plus de 1,5 million de vues sur la chaîne YouTube consacrée à la série. Une journaliste de France Inter qui tient une rubrique « Les Pépites du Net » est venue faire un reportage. J’étais super fière. Je suis aussi sur TikTok. La première vidéo postée a fait 400 000 vues, c’est pas mal. J’ai actuellement tourné 8 épisodes, j’en ai 4 autres en préparation et j’aimerais en réaliser une série de 20. L’objectif final est de trouver un diffuseur télé, intégrer la série dans une émission existante par exemple. 

P.d’A : Comment avez-vous choisi vos comédiens ?

S.M : Ce sont des acteurs rencontrés lors d’une soirée au festival de la fiction de la Rochelle auquel je participe souvent. Ils appartenaient à un collectif de comédiens. On a sympathisé et quand j’ai mis en route le projet, je suis allée les voir et ils ont accepté de m’accompagner bénévolement sur la série. Aujourd’hui, ça leur fait une belle vitrine et ils veulent tous continuer. Et puis je fais aussi intervenir dans un épisode de vraies femmes qui parlent de leurs vrais problèmes.

P.d’A : Et vous avez tourné vos scènes à Issy-les-Moulineaux ?

S.M : Oui, j’ai tourné les quatre premiers épisodes toute seule, sans moyens, avec une maquilleuse, la seule à être payée. Les producteurs que j’ai rencontrés étaient tous frileux, pensaient que ça n’intéresserait personne. J’ai préféré ne pas les attendre. La Ville m’a donné l’autorisation de tourner gratuitement à l’espace Simone Veil pour les consultations de ma gynécologue-actrice. J’ai aussi tourné des scènes dans un restaurant du Cœur de Ville, le Mama Kitchen, et dans une pharmacie près de chez moi, dans le quartier Saint-Etienne. Le pharmacien aurait pu se braquer que je me moque de tels ou tels abus de prescription ou du business de la ménopause, mais je lui ai envoyé le scénario, il a compris le propos humoristique et a joué le jeu. Et je ne cite jamais une marque réelle, je ne travaille avec aucun labo. Enfin, je me sers aussi de mon appartement pour filmer. Pour les quatre épisodes suivants, j’ai réussi à trouver un chef-opérateur et un ingénieur du son. C’est une pression supplémentaire car la série plaît énormément à ceux qui la font avec moi mais j’aimerais bien qu’un jour je puisse les payer (rires).

Voir la série sur :

Instagram menopause-la-serie : https://www.instagram.com/menopause_la_serie/

YouTube : ménopause(laserie) : https://www.youtube.com/@menopause_la_serie