Souveraineté numérique : Twake, l'alternative française, ouvre le Festival #VivaIssy
Installée à Issy-les-Moulineaux depuis 2022, Linagora est l'un des principaux éditeurs français de logiciels libres. Fondée il y a plus de vingt-cinq ans par Alexandre Zapolsky et Michel-Marie Maudet, l'entreprise développe des solutions Open Source utilisées par des administrations, des collectivités et des entreprises en France comme à l'international.
Au cœur de la présentation du 9 juin figurait Twake, la « Digital Workplace » développée par Linagora. La plateforme rassemble les principaux outils du quotidien numérique : messagerie, agenda, stockage de documents, prise de notes et espaces collaboratifs. Son ambition est claire : proposer une solution européenne capable de rivaliser avec Microsoft 365 et Google Workspace tout en garantissant l'hébergement des données en France et la maîtrise du code source.
Cette démarche répond à une préoccupation devenue centrale pour de nombreux acteurs publics et privés : la souveraineté numérique. Selon Alexandre Zapolsky, la dépendance aux grandes plateformes américaines n'est plus seulement une question technologique mais également économique et stratégique. «nos clics sont nos emplois», a-t-il rappelé au cours de la rencontre, soulignant que chaque service numérique utilisé contribue à créer de la valeur, des emplois et de l'innovation dans le pays qui le développe.
Depuis plusieurs mois, administrations, collectivités et entreprises cherchent à diversifier leurs outils numériques et à reprendre le contrôle de leurs données. Linagora constate une accélération de cette demande, notamment dans les organisations qui souhaitent réduire leur dépendance historique à Microsoft. Twake se présente comme une réponse concrète à cette évolution.
L'une des démonstrations les plus remarquées concernait l'intégration de l'intelligence artificielle au sein de la plateforme. Grâce à une technologie de type RAG (Retrieval-Augmented Generation), les utilisateurs peuvent interroger leurs propres documents en langage naturel. Il devient ainsi possible de retrouver rapidement une information contenue dans un contrat, un document administratif ou un PDF, sans transmettre ces données sensibles à des services tiers. Une approche qui vise à concilier efficacité de l'IA et protection des données personnelles.
Pour les dirigeants de Linagora, la souveraineté ne pourra toutefois s'imposer que si les outils proposés sont aussi simples et agréables à utiliser que ceux des géants du numérique. « La souveraineté numérique n'existera que si les utilisateurs l'adoptent », ont-ils expliqué, défendant une approche centrée sur l'expérience utilisateur afin que les citoyens, les agents publics et les salariés choisissent ces solutions non par contrainte, mais par préférence.
Les collectivités locales constituent également une cible importante pour Linagora. Twake intègre plusieurs « communs numériques » développés par l'État français, permettant aux administrations territoriales d'accéder à des outils collaboratifs modernes tout en conservant une logique d'indépendance technologique. Cette intégration ouvre de nouvelles perspectives pour les villes et les établissements publics qui souhaitent développer une stratégie numérique plus souveraine.
L'entreprise revendique aujourd'hui plus de 30 000 utilisateurs actifs et une croissance d'environ 500 nouveaux inscrits chaque semaine. Fidèle à la philosophie du logiciel libre, elle propose une version gratuite accessible aux citoyens tout en développant des offres professionnelles destinées aux entreprises, associations et administrations.
La soirée a également été marquée par un hommage à André Santini. Les dirigeants de Linagora ont rappelé le rôle déterminant qu'il avait joué dans l'implantation de l'entreprise à Issy-les-Moulineaux et dans la transformation de la Villa Good Tech en un lieu dédié à l'innovation et aux échanges sur les technologies émergentes.
Avec cette première rencontre consacrée à la souveraineté numérique, aux logiciels libres et à l'intelligence artificielle, le Festival #VivaIssy a donné le ton de son édition 2026. Une édition qui interroge moins les technologies elles-mêmes que la manière dont l'Europe, les collectivités et les citoyens peuvent reprendre la maîtrise de leur avenir numérique.