Solveig Darrigo-Dartinet : « L’alimentation est l’un des piliers de notre santé globale »
Point d’Appui : vous habitez et travaillez à Issy-les-Moulineaux depuis plus de 25 ans. Comment êtes-vous arrivée là ?
Solveig Darrigo-Dartinet : après avoir passé ma jeunesse en Haute-Savoie, je suis venue à Paris à l’âge de 18 ans pour suivre mes études de diététicienne-nutritionniste, à Créteil avant d’aller compléter ma formation à Nancy. Puis je me suis formée à d’autres domaines comme la micronutrition, l’oncologie, la neuro-nutrition. J’ai débuté mon activité en 1991 au Trianon Palace Hôtel à Versailles dans ce que l’on appelle la restauration de spa. C’était de la gastronomie-diététique proposée Gérard Vié, chef 2 étoiles Michelin. En 1998, je suis venue vivre à Issy-les-Moulineaux et j’y ai développé mon activité libérale. Par la suite, j’ai pu collaborer avec de nombreux médias comme chroniqueuse ou consultante, que ce soit au groupe Marie Claire ou pendant dix ans au « Magazine de la santé ».
P.d’A : Où peut-on vous consulter à Issy-les-Moulineaux ?
S.D-D : J’y ai deux cabinets. Le premier est situé au Cœur de Ville, rue Victor Hugo. Je partage les locaux avec des spécialistes ORL car parmi leur clientèle figurent des personnes atteintes d’apnées du sommeil, phénomènes souvent liés à la surcharge pondérale et donc la nécessité de perdre du poids. Je suis donc complémentaire. Mon deuxième cabinet est implanté à Care For You, la Maison de Santé située à la Cité des Sports. Là j’y traite les problématiques de seniors souffrant de maladies chroniques dans le cadre de l’Activité Physique Adaptée (APA), et, bien sûr, celles des sportifs et tout particulièrement des triathlètes ou des coureurs, milieu que je connais bien, moi-même étant marathonienne et traileuse et pratiquante de course à pied depuis toujours, et notamment à l’Avia Club.
P.d’A : Vous avez publié en avril dernier un ouvrage « Bien manger pendant son cancer » (éditions Alternatives). Pourquoi avoir choisi ce thème ?
S.D-D : Il part d’une expérience personnelle puisque j’ai eu un cancer du sein en août 2021 et c’est alors, même si je le savais, que j’ai pu constater concrètement l’importance de l’alimentation dans l’aide au soin.
P.d’A : L’alimentation soigne le cancer ?
S.D-D : Non, bien sûr, mais il faut l’envisager comme une aide à surmonter le processus de rétablissement et les coups de bazookas que vous prenez lors des traitements. L’alimentation devient alors un acte de soin ou un soin de support. Le raisonnement est simple : les traitements du cancer, notamment les chimios, vous épuisent, votre corps et votre mental sont perturbés, vous n’avez plus goût à rien. Mais si vous ne mangez plus ou bien moins alors vous vous affaiblissez, vous perdez votre masse musculaire. Votre corps n’est alors plus en mesure d’encaisser les charges violentes du traitement qui lui s’enchaîne à rythmes réguliers voire pire, vous risquez d’étendre sa durée car vous ne serez pas en mesure de le suivre si vos prises de sang indiquent que vous êtes trop faible pour cela.
Pour lutter contre un cancer, il faut être solide et il n’y a qu’un remède, c’est de mettre le bon carburant dans le moteur, de la bonne alimentation, celle qui vous apporte les éléments indispensables pour que le corps ne tourne pas au ralenti. On en parle trop peu encore chez les oncologues or, même si la recherche fait d’énormes progrès dans le domaine, quand on vous annonce un cancer, votre vie est tout de même en jeu. Ça vaut le coup de se forcer un peu à considérer la question.
P.d’A : Comment abordez-vous le sujet dans votre livre ?
S.D-D : D’abord il s’agit de reconsidérer la cuisine comme un plaisir mais aussi comme une façon de se recentrer sur soi, de prendre soin de soi, de ne pas se négliger, de prendre en main sa guérison. Pour cela, dans la première partie du livre, j’explique les répercussions des traitements sur notre organisme. Ensuite je donne des conseils pour réorganiser sa cuisine, avoir sous la main tous ce qui est nécessaire, que ce soit un matériel que vous serez capable d’utiliser selon vos forces, si par exemple le traitement vous empêche de lever un bras comme c’est parfois le cas pour le cancer du sein, mais aussi le bon « placard », avec les ingrédients indispensables.
P.d’A : Et c’est un livre de recettes…
S.D-D : Oui, bien sûr car ce n’est pas le tout d’inciter les gens à cuisiner, autant leur donner de bonnes recettes, étayées de leurs bienfaits, de conseils tirés de mon expérience personnelle en tant que patiente, mais aussi de recettes adaptées aux symptômes. D’ailleurs en fin de d’ouvrage j’ai créé un index des recettes par symptômes : nausées, constipation, diarrhée, fatigue, fonte musculaire, stimulation de l’appétit. Je propose des recettes simples, faciles à cuisiner et adaptées à tous les moments de la journée ou à vos besoins nutritionnels. Il y a les petits-déjeuners avec l’œuf riche en protéines et pour commencer la journée de bonne humeur, les soupes été/hiver, sucrées, salées, les buffets froids en cas de nausées, les “plats musclés” riches en protéines, les desserts “gourmands” faciles à faire, etc.
P.d’A : De façon plus globale quels sont les dérives alimentaires ou les phénomènes qui vous inquiètent aujourd’hui ?
Dans mes consultations ou grâce au réseau tissé avec les médecins Isséens avec lesquels je collabore, on peut constater l’apparition de symptômes et de maladies chez les 11-15 ans qui, jusqu’à présent, étaient plutôt attribués à des seniors. C’est par exemple une recrudescence de la maladie NASH (stéato-hépatite non alcoolique ou “maladie du foie gras”) due à l'accumulation de graisse dans le foie liée à de mauvaises habitudes alimentaires et à la sédentarité et provoquée par exemple par la surconsommation de sodas, de bières. Ou encore l’augmentation chez les jeunes de diabètes de type 2, et chez l’adulte du syndrome de l’intestin irritable, des troubles digestifs et de l’insulino-résistance. Mais de l’autre côté, je note depuis peu une augmentation de patients qui viennent faire des bilans nutritionnels pour savoir s’ils se nourrissent bien. C’est rassurant aussi de voir qu’il y a cette prise de conscience car il faut le rappeler l’alimentation est l’un des piliers de notre santé globale.