Publié le 28 décembre 2018

Les paysages d’architecture de Raymond Depardon

Raymond Depardon vous fait partager sa promenade au Musée Français de la Carte à Jouer où une quarantaine de photographies mettent à l’honneur les édifices et sites emblématiques de la Ville.

Au Musée, vous êtes invité à suivre les pas de Raymond Depardon au gré de son « vagabondage » dans les rues d’Issy-les-Moulineaux. C’est bien la particularité de l’exposition : en plus de son regard d’artiste et de photographe, il vous donne son point de vue.

 

« L’architecture est le témoin incorruptible de l’histoire », selon le poète et diplomate Octavio Paz. Elle est le témoin de l’évolution des civilisations, tant dans leur approche de l’esthétique que dans l’expression de leurs besoins.

 

Qu’est-ce que l’architecture aujourd’hui ? En quoi a-t-elle un sens pour la ville de demain ? Et de quelle manière peut-elle servir au quotidien ? Ce sont autant de thèmes que propose d’aborder le cycle Métamorphoses : Issy se [ré]invente. Dans ce cadre, le célèbre photographe Raymond Depardon s’est promené dans les rues d’Issy avec, dans les mains, sa chambre grand format. Il a vagabondé à travers la ville et déroulé, à travers une quarantaine de clichés, son regard sur l'environnement urbain. Les architectes sont « des héros d’aujourd’hui, selon l’artiste. Ils allient l’élégance et l’utile ». Le Musée expose ainsi les témoignages de cette déambulation éclairée : des photos d’oeuvres de grands noms français et internationaux : Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, Jean-Michel Wilmotte, Jean-Paul Viguier…

 

Pour permettre aux plus jeunes de comprendre le sens de l’architecture et la manière dont elle façonne la ville, un parcours ludique est proposé aux enfants : 12 étapes, à suivre sur une grande carte, pour découvrir Issy autrement. À l’occasion d’une série de conférences, des personnalités telles que Christian de Portzamparc, Françoise Raynaud, Pascal Desfarges, Daniel Libeskind et Salwa et Selma Mikou interrogeront les enjeux architecturaux au sein de l’espace urbain. Enfin, une fresque lumineuse sera projetée sur la façade de l’Hôtel de Ville à la fin du mois. « Il y a un lien entre l’architecture, l’économie, l’esthétique et l’humain », selon André Santini. L’architecture offre aussi une clé de lecture de l’histoire de la Ville, de ses mutations, de ses métamorphoses.

 

Au fil de la découverte des fleurons architecturaux de la Ville, les lignes de Jean Nouvel succédant à celles de Jean-Michel Wilmotte ou Jean-Paul Viguier, entre autres, c’est une atmosphère qui émerge dans l’objectif du photographe : « Quand j’entre dans la Ville, j’ai toujours l’impression qu’on arrive au soleil, dans la clarté, dans la couleur et le bien-être ». À titre d’exemple : Isséane, cette prouesse architecturale réalisée par l'atelier Dubosc & Landowski Architecture dont le passant peut ignorer complètement la fonction d’usine d’incinération, avec sa structure en bois et l’allée végétalisée. Sous l’oeil du photographe, les feuilles deviennent une véritable cascade de lumière.

 

Son parcours pourrait être celui d’un isséen qui prend possession de son territoire et de l’espace public. Ainsi, c’est en tant qu’habitant de la Ville qu’il s’interroge : « Je me dis, est-ce que je pourrais vivre ici ? Est-ce que j’irais au cinéma ? Est-ce que j’irais boire un café avec des amis ? Est-ce qu’il y a des librairies ? Où sont les arbres ? Est-ce que je pourrais ne pas prendre la voiture ? Est-ce que je respirerais mieux ? »

 

Photographe de la France rurale des sous-préfectures « prisonnières du patrimoine du passé », Raymond Depardon donne à voir une ville qui, au contraire, est en mouvement permanent. Sur certaines photos, l’on aperçoit une grue de chantier, un panneau de déviation, autant d’éléments témoins de cette évolution. Un territoire doté d’espaces variés, comme les Bords de Seine, l’île Saint-Germain, la colline avec le Fort, des lieux différents propices à des innovations architecturales multiples.

 

Ainsi, sa mue se dévoile progressivement, au détour du groupe scolaire des Chartreux, association audacieuse du chrome et de la couleur rouge que l’artiste qualifie de démarche « révolutionnaire, pour une crèche au milieu de grands immeubles et de sièges sociaux ».
 

 

L’architecte, « le plus grand artiste du siècle »
Car ce sont aussi les grands noms des architectes qui ont façonné la ville que le photographe met en lumière. Pour Raymond Depardon, « ces héros d’aujourd’hui » allient l’élégance à l’utile. Ainsi, de nouveaux matériaux comme le bois, le verre et le végétal supplantent l’enduit d’antan, caractéristique des banlieues.

 

En regardant l’immeuble Galéo et le mélange de verre et de métal qui le constitue, le photographe s’interroge sur les besoins de ses occupants : de la lumière pour travailler, un endroit confortable et agréable, proche des transports et de leur logement. Un lieu à la fois beau et fonctionnel qui réponde aux enjeux de notre époque.

 

Galéo par Christian de Portzamparc (DR)

 

 

« Se confronter à notre temps d’une manière à la fois contemporaine et terre à terre », dit Raymond Depardon, tel est le défi confié par la Ville aux architectes contemporains. Avec des constructions toujours plus audacieuses, leur travail allie, d’après lui, tout autant une maîtrise des éléments comme le soleil, les ombres, que celle des contraintes fonctionnelles de la gestion de l’espace public. La confiance qu’on leur a accordée témoigne des solutions mises en oeuvre pour trouver de nouvelles façons de vivre. Pour relater les gestes des architectes qui ont travaillé à Issy, Raymond Depardon a choisi de travailler « à la traditionnelle », avec la chambre 20 x 25, encore utilisée aux États-Unis par les photographes dits « de paysage ».

 

Ses photos combinent ainsi l’héritage de la tradition photographique des années 1900 à l’innovation des bâtiments représentés. Pour Raymond Depardon, « le rendu est magnifique, car il est proche de la peinture ». C’est la lumière sans pareil et la boucle de la Seine qui avaient attiré les peintres du siècle dernier. Dans le sillon des oeuvres de génie de Caillebotte, Pissarro et bien d’autres, Raymond Depardon délaisse la Seine au profit du reflet des immeubles de verre, comme l’École de Formation des Barreaux réalisé par Jean-Michel Wilmotte.

 

« Cette exposition est un relai, le constat d’une ville intelligente en 2018 », explique l’artiste. À travers ces photos, il nous invite à penser l’avenir en regardant le présent. Pour Jean-Michel Alberola, scénographe de l’exposition, ces photos « nous projettent dans l’Issy-les-Moulineaux du futur. Elles ont 10 ans d’avance sur nous. » Laissez-vous subjuguer par les ciels dévoilés par le photographe, qui, pour le scénographe, évoquent ceux d’Hopper, le génie du réalisme américain. Vous aussi, marchez sur les pas du photographe et visitez la Ville sous son oeil d’artiste. Ainsi, comme lui, vous pourrez dire : « C’était une belle promenade, j’ai appris beaucoup de choses ».