L'IA, levier de croissance pour les TPE et PME : le plan d'action en 90 jours de la CCI
La séquence a combiné une présentation technique baptisée « Démystifier l'IA » et une table ronde animée par Xavier Charpentier, secrétaire général d'InnoCherche, qui a confronté les promesses du secteur à la réalité du terrain.
« Le retour sur investissement ne se discute pas »
L'intervenant principal, Thierry Stahl, expert digital à la CCI Paris Île-de-France et fort de trente ans d'informatique, a posé son cadre d'entrée de jeu. Le coût mensuel d'un abonnement professionnel à un grand modèle de langage tourne autour de 20 à 30 euros. En face, il chiffre le gain à 5 à 8 heures par semaine sur les tâches répétitives, soit une demi-journée. Ramené à l'heure, l'outil revient selon lui à un euro. « Si vous gagnez un jour par semaine, ça fait quatre jours de productivité, et ça vous coûte 20 euros », a-t-il résumé.
Autre chiffre mis en avant : une réponse rapide à un prospect ferait grimper le taux de transformation de 30 à 40 %. Un écart qu'il qualifie de « monstrueux ».
Pour passer du discours à l'usage, l'orateur a tenu à clarifier un vocabulaire souvent confondu. Le chatbot fonctionne par arbres de décision et logique binaire ; il répond aux questions simples mais reste prisonnier de son contexte. L'assistant comprend et génère du texte — résumé, rédaction, traduction — mais demeure passif : « il ne fait rien tout seul ». L'agent constitue le palier décisif. Connecté aux documents de l'entreprise et à des outils externes comme l'agenda ou la messagerie, il agit de façon autonome. C'est là que se loge, selon lui, le retour sur investissement le plus fort.
Six fonctions, une matrice de démarrage
L'IA peut s'installer dans six familles de besoins : commercial, administratif, marketing et contenu, service après-vente, ressources humaines et recrutement, opérations et documentation. Reste à choisir par où commencer. L'orateur propose une « matrice de la victoire rapide » : la première tâche automatisée doit être fréquente, à faible risque, reposer sur une information disponible et permettre une validation facile. La retranscription de réunions ou la rédaction de brouillons d'e-mails de relance entrent dans cette catégorie.
Deux techniques structurent ensuite l'usage. Le « prompt maître » consiste à définir sept à huit modèles d'instructions pour les processus récurrents — diagnostic, benchmark, devis — plutôt que d'improviser chaque demande. Le « negative prompting » fixe des garde-fous en interdisant explicitement à la machine certaines décisions : « Ne propose jamais de remise sans mon accord. »
La feuille de route se déroule sur trois mois. Les trente premiers jours servent à cadrer, à créer un premier agent et à obtenir une victoire rapide. Du trentième au soixantième jour, l'entreprise déploie un second agent et forme ses équipes autour d'un référent interne. Le dernier mois est consacré à l'industrialisation, aux chartes d'usage et à la mesure des gains. Sur ce point, l'orateur insiste : la moitié des projets informatiques qui échouent le doivent à l'absence d'un référent disposant de temps dédié.
La fin du SEO, l'arrivée du GEO
Parmi les ruptures annoncées, la visibilité en ligne occupe une place centrale. Pendant vingt-cinq ans, les entreprises ont optimisé leur référencement naturel pour les moteurs de recherche. Désormais, une part croissante des requêtes passe par les IA conversationnelles, qui restituent une réponse synthétique plutôt qu'une liste de liens. L'orateur invite à basculer vers le GEO, le référencement sur les modèles de langage : pages de questions-réponses structurées, schémas explicites, contenus facilement synthétisables.
Le volet sécurité a refroidi la salle. L'intervenant rapporte une conversation du 15 juin 2026 avec le responsable de la sécurité informatique de la CCI : plus de 20 000 attaques par seconde en une heure. Sa consigne récurrente — « N'utilisez pas les LLM gratuits, vos datas sont remises dans la machine » — vise à pousser les dirigeants vers des versions payantes qui garantissent la confidentialité. Il renvoie aux bonnes pratiques de l'ANSSI et rappelle que la sécurité tient moins à la marque du modèle qu'à son paramétrage et à la gouvernance des données.
La conférence s'est close sur une note moins comptable. L'orateur a évoqué une visite à l'Institut Curie, où l'IA aurait fait gagner « 20 ans d'avance » sur le traitement des cancers du sein. Pour lui, le temps libéré par l'automatisation doit servir à « aller voir les gens » — renforcer le contact humain plutôt que l'effacer.
Table ronde : « IA en action, promesses et frictions »
Le second temps de la matinée a réuni trois profils complémentaires : Lionel Verdy, entrepreneur, Élodie Da Ponte, spécialiste de la formation, et David Fayon, expert du numérique et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Un sondage d'ouverture a donné le ton : la moitié de la salle déclarait ne pas utiliser l'IA à titre professionnel. Lionel Verdy a aussitôt nuancé la frontière. « Waze, c'est l'une des IA les plus utilisées en France », a-t-il rappelé, citant aussi Qonto branché sur son comptable, qui n'intervient plus qu'une heure par semaine pour certifier les écritures.
Le risque, selon les intervenants, n'est pas la déception mais la submersion. Face à des possibilités quasi infinies, le dirigeant peut perdre ce qu'ils appellent la « colonne vertébrale » : le go-to-market, la relation client, la rentabilité. David Fayon a résumé la mutation en cours par la formule du « processus inversé » : l'IA produit le premier jet, l'humain supervise, contextualise et assume la responsabilité. « Ce n'est pas l'IA qui est responsable, c'est toujours le chef d'entreprise », a-t-il martelé. Une exigence qui touche directement la conformité — mentions légales, RGPD, ton de marque.
Les cas d'usage cités restent terre à terre. Un restaurateur a confié à l'IA ses plannings et le calcul de ses heures supplémentaires. Une petite structure peut, à partir d'un seul script vidéo, décliner un article de blog, une newsletter et des publications sur les réseaux sociaux. David Fayon évoque un site web développé en deux jours pour un résultat supérieur à un mois de développement classique. Lionel Verdy tempère pourtant l'idée du gain immédiat : « L'IA ne m'a pas fait gagner de temps. Ça m'a obligé à me poser pour savoir comment bien l'orchestrer. »
Élodie Da Ponte a insisté sur l'accompagnement. Sans adhésion des équipes, prévient-elle, les projets « échouent lamentablement ». La condition : expliquer le pourquoi, montrer le bénéfice concret pour chaque collaborateur.
Souveraineté et atrophie des compétences
La table ronde a aussi abordé les angles morts. La dépendance aux modèles étrangers en est un : David Fayon a cité la coupure d'accès à la dernière version de l'IA d'Anthropic pour les utilisateurs non citoyens des États-Unis comme preuve de fragilité, plaidant pour des IA internes — La Poste GPT, Find d'Orange — nourries de données propriétaires et hébergées en France. La MAIF a fait le choix de maintenir ses centres d'appel sur le territoire, l'IA augmentant la valeur des conseillers plutôt que de délocaliser.
Dernier sujet, plus sociétal : la formation. Si l'IA absorbe les tâches confiées aux juniors, qui formera les seniors de demain ? Les intervenants alertent sur une « atrophie cérébrale » — la compétence que l'on n'exerce plus se perd, à l'image des chauffeurs de taxi londoniens dépossédés de leur mémoire des rues par le GPS. Une étude McKinsey a été citée : 30 à 40 % des métiers appelés à disparaître, 20 à 30 % à émerger. La réponse avancée tient en une formule de David Fayon : « C'est l'alliance entre l'humain et l'IA, avec la capacité à prompter et le jugement critique, qui fera la différence. »
Pour les dirigeants présents, le message des deux séquences converge. L'IA n'est plus réservée aux grands groupes, son coût d'entrée est faible, mais son rendement dépend du métier, de la méthode et d'une supervision humaine assumée. La CCI propose, pour amorcer la démarche, un diagnostic gratuit de trente minutes et des formations certifiées Qualiopi pour apprendre à construire ses propres agents.