Et si vous participez à l’écriture d'un roman avec Mariette Navarro ?
Point d'Appui : Vous avez une formation de dramaturge, vous avez travaillé et écrit pour de nombreuses compagnies théâtrales. Plus récemment vous avez publié deux romans. Comment passe-t-on du théâtre à cet autre domaine de la littérature ?
Mariette Navarro : Je m’intéresse aux textes qui se situent à la croisée des genres littéraires. L’écriture pour le théâtre est elle-même très hybride, elle peut prendre la forme de dialogues, bien sûr, mais pas seulement. Elle va aussi chercher du côté du récit, du document, du poème, du témoignage… L’écriture de mes romans n’est donc pas d’une nature radicalement différente de celle de mes pièces. Mais elle s’y déploie autrement : le temps de la lecture peut s’étirer plus que le temps d’un spectacle. Elle est aussi plus intérieure. Je continue quoi qu’il en soit à mener les deux types d’écriture, qui se nourrissent l’une l’autre… et creusent, je crois, les mêmes obsessions…
P.d'A : Pour vous aider dans l'écriture de votre nouveau roman, vous avez sollicité une aide de la région Ile-de-France qui associe un auteur et une institution. Pourquoi avoir choisi le Musée de la Carte à Jouer ?
M. N. : J’avais justement envie d’ouvrir mon écriture à d’autres domaines que la littérature. J’ai longtemps cherché l’endroit juste pour ce projet. Quand l’idée d’écrire autour des figures d’oracles est arrivée, j’ai pensé à la cartomancie, mais aussi à des principes de hasard, de jeu, pour déplacer le lecteur dans ses habitudes. Le hasard est aussi intervenu dans ma rencontre avec le Musée car on m’en a parlé avec enthousiasme alors que j’étais en pleine recherche d’un partenariat qui ait du sens. Ma première visite a été un coup de cœur, j’ai tout de suite eu envie d’imaginer des choses autour des œuvres et de m’en inspirer.
P.d'A : Vous avez choisi pour thème la notion de futurs désirables. Que signifie-t-elle pour vous ?
M. N. : La première intuition est d’écrire sur la façon dont les êtres humains essayent de voir à travers l’obscurité et particulièrement dans le futur, objet de toutes les peurs, de toutes les angoisses individuelles et collectives… mais aussi de tous les espoirs. Dans le livre à venir, j’imagine des personnages qui se réuniraient pour générer ensemble des prophéties heureuses. Ils mettraient leur intuition collective au service des portes de sortie et des possibles, plutôt que des catastrophes. Pour moi, s’il peut y avoir une utilité à la fiction, c’est celle de redonner de la puissance d’agir, d’élargir des horizons, de déjouer le désespoir en ouvrant des brèches, en donnant à penser et à désirer. N’est-ce pas là le pouvoir magique de la lecture ?
P.d’A : Dans le cadre de l'écriture de ce nouveau roman, vous avez sollicité le concours d'étudiants des Arts décoratifs pour créer un jeu de cartes. Qu'attendez-vous de cette collaboration ?
M. N. : Le goût du théâtre et de dire les textes à voix haute n’est jamais très loin, même quand j’écris un roman ! Je voudrais tester la lecture interactive du livre en cours avec des spectateurs, dans une relation directe, intime, comme une conteuse. Le public aura un rôle à jouer dans la lecture-spectacle, puisqu’en tirant les cartes élaborées avec les étudiants en écho au roman- il décidera des passages qui seront lus et générera ses propres prophéties. Chaque représentation sera unique, liée à la rencontre du public et des cartes ! Et l’univers visuel sera celui de ces jeunes créateurs des Arts déco.
Pd’A : Dès le mois de février, en plus des ateliers d'écriture, vous allez proposer deux événements singuliers : une lecture dansée de votre livre “Ultramarins” et une visite littéraire. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
M. N. : Pour me présenter au public isséen, j’avais d’abord envie de faire entendre des extraits de mon premier roman, Ultramarins, mais d’une manière un peu originale, qui reflète le travail scénique que je mène avec la chorégraphe Marion Lévy : la danse et les mots se répondront et s’enrichiront mutuellement. Dans le Musée, au cours des visites littéraires, je ferai une autre chose que j’adore : lire à voix haute, et faire découvrir des textes littéraires en écho aux cartes… Cartes et littérature ont beaucoup en commun, je suis impatiente de vous le faire découvrir !
Renseignements : Musée : 01 41 23 83 60 Médiathèques : 01 41 23 80 69 openagenda.com/fr/culture-agenda-issy
Les rendez-vous
Dans le cadre du dispositif des résidences d’écrivain de la région Ile de France, l’autrice Mariette Navarro est l’invitée du Musée de la Carte à Jouer et de ses partenaires : le réseau des médiathèques isséennes, le lycée Ionesco et l’Ecole des Arts décoratifs (Ensad). Six mois pour écrire un nouveau roman autour des figures d’oracles, des visions d’un futur désirable, en s’inspirant de l’imaginaire des tarots, de la divination et des principes ludiques de la narration non linéaire. Six mois aussi pour partager avec les Isséens des moments de création, de réflexion et de plaisir autour du projet. Vous aurez ainsi l’occasion de participer à des ateliers d’écriture, à un bal littéraire et une lecture-spectacle, vous pourrez vous initier à la gravure, assister à des rencontres poétique, ludique et même dansée autour de la littérature !
- Résidence d’écrivain de Mariette Navarro au Musée et à la Médiathèque centre-ville, jusqu’en juin 2026.
- Lecture dansée de son roman « Ultramarins » avec Mariette Navarro et la danseuse et chorégraphe Marion Levy, le vendredi 13 février à 19h, médiathèque centre-ville. Entrée libre.
- Une découverte décalée des collections du musée à travers des textes le dimanche 15 février à 15h.
Entrée payante : 8 euros (Isséens et GPSO : 6 euros)