Mis à jour le 15 mai 2026

Entretien d’Issy : l’imagination, un droit de l’enfant

Pour le dernier Entretien d’Issy de la saison consacré au thème Imaginez, Élisabeth Brami, psychologue clinicienne et auteure jeunesse, vient évoquer le pouvoir de l’imaginaire chez les enfants. Depuis des décennies, elle explore avec finesse ce qui nourrit l’enfance : les émotions, les mots, les colères… et surtout l’imagination.

Point d’Appui : En quoi ce pouvoir d’inventer, de rêver, de transformer le réel est-il essentiel au développement de l’enfant ? 

Elisabeth Brami : Nourri au lait de la parole et des liens affectifs, l’enfant possède un espace psychique qui l’aide à supporter la réalité et ses frustrations, lui donne la liberté d’inventer sa vie, trouver sa place, sublimer le malheur.  

Pd’A : À l’heure où les enfants sont très sollicités par les écrans, les rythmes scolaires et les activités structurées, quels sont selon vous les principaux freins à l’imagination aujourd’hui, et comment les adultes — parents, enseignants, collectivités — peuvent-ils mieux la protéger et la nourrir ? 

E.B : Les parents, piégés eux-mêmes, sont les premiers facilitateurs de dépendance précoce des enfants. Les imageries tueuses d’imaginaire, buveuses d’attention, sont fournies de bonne foi comme valorisantes au lieu de livres etc. Occuper son enfant au restaurant à une tablette 1er âge, pousser son landau en parlant à des oreillettes, le soumettre au flux violent d’images sans médiation verbale, sans décryptage entre réalité et fiction, c’est l’exposer à la fascination, l’insécurité, la sidération ou l’angoisse, faire de lui un regardeur passif dépendant, un consommateur compulsif. Quant aux rythmes scolaires et activités, ils sont toujours fixés par la société pour ses besoins économiques et non ceux des enfants interdits de temps de flânerie, rêverie voire d’ennui constructif. Seule la fonction onirique de la nuit échappe au c’est pour ton bien. 

Pd’A : Qu’est-ce qui vous frappe le plus aujourd’hui dans le rapport des enfants à la lecture et à la création ? Comment ces échanges nourrissent-ils votre propre travail d’autrice ? 

E.B : Comme auteure, je constate qu’il faut peu pour susciter l’imagination créatrice des enfants, le goût de lire et d’écrire : juste de joyeux partages littéraires et artistiques sans évaluation scolaire avec des adultes passionnés. Lassée des déplorations médiatiques, je vais à contre-courant et j’écris à présent de vrais romans à lire avec les oreilles pour les 3-6 ans. Les enfants n’ont pas toujours besoin qu’on leur fasse un dessin.  

Jeudi 28 mai à 20h, salle multimédia de l’Hôtel de Ville, sur réservation ici