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[Archive] Entretien d’Issy : Imaginer les morts pour soigner les vivants
Point d'Appui : Votre travail en ethnopsychiatrie explore la manière dont les cultures façonnent la mémoire et le traumatisme. Selon vous, quel rôle l’imaginaire joue-t-il dans la transmission de ces expériences à travers les générations ?
Nathalie Zajde : L’imaginaire est aussi divers que le sont les univers culturels. Ainsi, chaque société à sa manière propre de sélectionner, de comprendre, de raconter et de dépasser les événements marquant qui la fondent et la nourrissent. Au Centre Georges-Devereux, dans l’équipe d’ethnopsychiatrie du Pr. Tobie Nathan, nous veillons toujours à prendre en compte l’imaginaire de la culture du patient afin de nous situer au plus proche de sa problématique et de trouver avec lui, en accord avec son monde et ses proches, les moyens de surmonter ses souffrances.
P.d'A : Dans votre pratique clinique, avez-vous observé que l’imaginaire - à travers les rêves, les récits ou les symboles - peut devenir un outil précieux pour aider les patients à mettre des mots sur leur souffrance ?
N. Z. : Le recours à l’imaginaire est un ressort essentiel pour soigner les traumatismes et les souffrances psychiques. Les cauchemars, l’absence de rêves, l’absence de récit, l’absence d’images reflétant autre chose que ce qui s’est exactement produit sont d’ailleurs les marqueurs du traumatisme. C’est par le recours à l’imaginaire et au récit que le patient cesse d’être une victime et redevient un acteur de sa vie.
Pd'A : Vous avez accompagné des survivants et leurs descendants dans des groupes de parole. En quoi l’imaginaire peut-il aider à reconstruire une identité après le traumatisme ?
N. Z. : Les survivants juifs de la Shoah et les descendants de victimes qui viennent au groupe de parole ont besoin de savoir et de comprendre : comment tel ou tel parent s’est-il fait attraper ? Comment est-il mort ? Comment tel autre a-t-il survécu ? C’est en imaginant ce qui s’est passé à la génération précédente qu’on peut commencer à comprendre pourquoi la génération actuelle est en vie et comment elle donnera à son tour naissance à la génération suivante.
Entretien d’Issy le jeudi 22 janvier à 20h, à l’Hôtel de Ville, sur inscription sur sortir.issy.com.
Les places réservées ne sont plus garanties après 19h45.