Entretien d'Issy : en terminer avec les idées reçues sur le Moyen-Âge
Point d'Appui : Beaucoup d’idées reçues entourent encore le Moyen Âge : selon vous, lesquelles ont la vie la plus dure et pourquoi continuent-elles de nourrir notre imaginaire collectif ?
Michel Huynh : Il en existe dans de nombreux domaines et de natures très diverses : celles qu’on projette sur le Moyen-Âge depuis notre époque parce qu’un fait, une situation, un état, a été mal interprété, d’autres qui relèvent de l’anachronisme, et celles qui sont de l’invention pure. Pour certaines idées reçues, l’imaginaire qui les entoure surgit dès le Moyen-Âge dans les chroniques et les romans de l’époque : par exemple, les récits de la Guerre de Cent ans construisent une légende autour du poids redoutable des épées.
P.d'A : Pourquoi cette période est-elle souvent perçue comme sombre ou archaïque ?
M. H. : En établissant des époques historiques que nous nommons Antiquité, Moyen-Âge, Renaissance apparaît la nécessité d’opposer ces époques à une autre inconsciemment perçue comme obscure ou archaïque. La période longue du Moyen-Âge est propice à cette construction. La linguistique, la sémiologie, la philologie continuent à façonner cet imaginaire qui n’est pas une réalité physique. En effet, il y a autant de lumière et de clarté au sens propre et figuré dans les esprits au Moyen-Âge que par la suite et la notion d’obscurantisme est une invention imaginée par les époques contemporaines. Le XIXe siècle a privilégié une conception progressiste du monde, qui nous oblige à voir les autres époques comme simplement évolutionnistes, à vitesse lente, donc forcément obscures.
P.d'A : En quoi le Moyen-Âge constitue un terrain privilégié pour interroger la frontière entre histoire et fiction ?
M. H. : Paradoxalement, ce mouvement est impulsé par le Moyen Age, berceau du roman médiéval relatant les prouesses et la bravoure d’un chevalier face à des monstres redoutables. Ces récits mêlent scènes de combat, d’amour, de magie, dignes d’un film hollywoodien, qui plaisent à tous ! Les médias trouvent rapidement matière dans les figures simples et atemporelles de cette époque, à l’instar de l’opéra, du cinéma, de l’héroic fantasy. Cette période offre à la fois un terreau flou propice à l’imaginaire et le socle de nombreuses fondations du monde actuel : la nation, les familles, les pays. Mais l’homme abandonne son esprit de raison et s’imprègne d’une réalité héritée de notre socle culturel commun.
Jeudi 12 février à 20h, salle multimédia de l’hôtel de Ville. Sur réservation sur sortir.issy.com.
Les réservations ne sont plus garanties après 19h45.