Mis à jour le 11 décembre 2022

Elsa Ducrot : l'astrophysicienne isséenne reçoit le prix Jeune Talent Fondation L’Oréal-UNESCO

Habitante d’Issy-les-Moulineaux, la jeune astrophysicienne a reçu, en octobre dernier, le prix Jeune Talent Fondation L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science grâce à ses recherches sur la vie extra-terrestre.

La vie, à des dizaines d’années-lumière de la Terre. Ce sujet est au coeur des recherches d’Elsa Ducrot, astrophysicienne et postdoctorante au Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Cette Isséenne de 27 ans sonde, grâce au télescope James Webb, les planètes du lointain système TRAPPIST-1 situées en « zone habitable ». Son but : comprendre comment apparaît la vie et si celle-ci pourrait apparaître ailleurs que sur Terre.

Issy.com : Que ressentez-vous à la réception de ce prix ?

Je suis très contente et très fière car c’est un prix qui reconnait l’excellence scientifique. C’est aussi un prix « femmes en sciences » et cela veut dire beaucoup car il y a peu de femmes en astrophysique. Une telle reconnaissance aide à avoir confiance et donne l’envie de continuer.

Le problème en astronomie n’est pas le début de carrière, où il y a pas mal de femmes, mais aux postes de direction, où leur présence s’amenuise. Un prix dédié aux femmes est donc important. Il y a quelque chose en plus avec le prix L’Oréal-UNESCO que j’aime particulièrement. Il nous permet d’intégrer le réseau Pour les Femmes en Sciences qui supporte plusieurs programmes pour lutter contre les inégalités de genre en sciences. En particulier le programme Pour les Filles en Sciences va nous permettre d’intervenir dans des lycées auprès de jeunes filles qui ont un intérêt pour les sciences. Nous pouvons discuter avec elles de nos parcours et les aider à réaliser leurs objectifs. C’est un exercice qui me plait beaucoup.

À toutes les lycéennes d’Issy-les-Moulineaux qui liront cet article et qui ont envie de faire des sciences : il ne faut pas penser que parce que vous êtes des filles, vous y arriverez moins bien que les autres. La science a besoin de vous !

En quoi est-ce important pour vous de partager votre parcours auprès de lycéennes ?

Le but est de leur montrer que cela est possible. Alors que les milieux scientifiques souffrent encore de forts stéréotypes, notamment dans les domaines des mathématiques et de l'astrophysique. Il faut donner à ces jeunes filles des modèles, leur montrer que la recherche scientifique n’est pas inaccessible et que l’on a été un jour au même endroit qu’elles. Et que si elles ont envie de faire des sciences, elles le peuvent.

Et vous, aviez-vous un modèle ?

Lors de mes études, mon modèle était ma grande-tante, Renée Lucas, qui était physicienne nucléaire au Commissariat à l’énergie atomique. J’ai eu la chance  l’avoir dans ma famille cette figure féminine qui a réussi à faire sa carrière en recherche.

Pouvez-vous nous expliquer le sujet de vos recherches ?

Je travaille sur les exoplanètes, des planètes qui tournent autour d’autres étoiles que le soleil. Je regarde celles qui sont potentiellement rocheuses et situées dans la zone habitable de leur étoile. Je cherche des planètes qui pourraient réunir les conditions d’habitabilité pour le développement de la vie. Mais ce ne sont pas des planètes que l’on pourrait coloniser car elles sont à 40 années-lumière de la Terre. C’est très loin. Je fais de la recherche fondamentale pour comprendre comment apparaît la vie, si la vie pourrait apparaître ailleurs et quelle autre forme de vie pourrait apparaître.

Cherchez-vous la vie sur une autre planète ou les conditions de la vie sur une autre planète ?

Pour l’instant, je recherche les conditions de la vie sur une autre planète. Il faut savoir que l’on a encore du mal à définir de manière précise ce qu’est la vie, même sur Terre. On ne sait pas vraiment comment elle est apparue, même s’il y a plusieurs hypothèses. Appliquer cette connaissance à d’autres systèmes est aussi compliqué, surtout qu’ils sont très différents du nôtre : les étoiles ne brillent pas de la même façon, il n’y a pas le même nombre de planètes ou de lunes, etc. Il y a donc plein d’exercices de pensée et de physique pour imaginer ce qui pourrait s’y développer… ou pas. Pour ma part, je reçois et j’analyse des données de télescopes spatiaux et au sol qui me permettent de sonder l’atmosphère de ces planètes. Je trouve rassurant de se dire qu’il y a peu de chances que la Terre soit le seul endroit où la vie ait pu se développer.

Vous avez travaillé avec le télescope James Webb, dont on a beaucoup parlé depuis le mois de septembre. Quelles avancées a-t-il permis ?

C’est un gros télescope de plus de six mètres de large. Je fais partie de l’équipe qui a construit l’un des instruments à bord, c’est pour cela que j’y ai eu accès pour mes recherches. Ce télescope apporte beaucoup de choses à l’astronomie en général et notamment dans l’étude des exoplanètes. Étant dans l’espace
avec un miroir qui est très grand, ce télescope nous permet d’atteindre la précision nécessaire pour sonder la composition atmosphérique de planètes rocheuses en zone habitable de leur étoile pour la première fois.

Les planètes que vous avez étudiées se trouvent dans le système TRAPPIST-1. Pourquoi avez-vous choisi d’étudier ce système en particulier ?

Le système TRAPPIST-1 est composé de sept planètes rocheuses autour d’une seule et même étoile. Cette dernière est très froide, donc la zone habitable est plus proche. Il faut être entre 0 et 100 degrés pour être en zone habitable, car ce sont les températures où il peut y avoir de l’eau liquide à la surface. Ces planètes tournent très vite autour de leur étoile, ce qui nous permet de récolter plus de données, notamment des masses et des rayons très précis.

Pour finir, avez-vous un message pour nos lecteurs ?

Le slogan de la Fondation L’Oréal-UNESCO Femmes pour la Science est « Le monde a besoin de science et la science a besoin de femmes ». C’est aussi ce que j’ai envie de transmettre. À toutes les lycéennes d’Issy-les-Moulineaux qui liront cet article et qui ont envie de faire des sciences : il ne faut pas penser que parce que vous êtes des filles, vous y arriverez moins bien que les autres. La science a besoin de vous !