Mis à jour le 4 mai 2026

Dossier 30 ans d'innovations numériques : la ville entre dans l’ère de l’intelligence artificielle

Intelligence artificielle dans les services publics, jumeaux numériques urbains, transition écologique pilotée par la donnée, services personnalisés... A Issy-les-Moulineaux, l’innovation s’inscrit dans une trajectoire cohérente, centrée sur l’amélioration concrète du quotidien des habitants.

Cette nouvelle génération de services prend aujourd’hui une forme tangible avec le déploiement d’IssyGPT. Lancé fin 2023, cet agent conversationnel permet d’accéder en continu à l’information municipale et de simplifier les démarches courantes. Depuis le site de la Ville, l’application mobile ou par SMS, il répond aux questions liées aux équipements, aux inscriptions, aux événements ou aux formalités administratives. En moins de deux ans, plusieurs dizaines de milliers d’échanges ont été enregistrés, témoignant d’un usage désormais installé.

Au-delà de la performance technologique, l’enjeu est relationnel. L’intelligence artificielle introduit une interface plus directe, plus réactive et plus personnalisée entre la collectivité et ses usagers. Elle permet de réduire les délais d’accès à l’information et d’orienter plus efficacement les habitants, tout en maintenant les services municipaux au cœur du dispositif.

Les perspectives d’évolution portent désormais sur l’accessibilité. La Ville explore la possibilité de proposer IssyGPT par téléphone, afin de permettre à des publics peu à l’aise avec les interfaces numériques — notamment les personnes âgées ou éloignées des outils digitaux — d’interroger le service simplement, à l’oral. Cette évolution vise à élargir l’accès à l’intelligence artificielle, en s’appuyant sur des usages familiers, sans nécessité de connexion ni de maîtrise technique particulière.

D’autres développements sont à l’étude, comme l’intégration progressive de services plus personnalisés, capables d’anticiper certaines démarches ou de proposer des informations contextualisées en fonction des besoins des usagers. Couplée aux données territoriales et aux outils de simulation urbaine, l’intelligence artificielle pourrait également accompagner les décisions publiques, en facilitant l’analyse et la projection.

De la transition numérique à la transition climatique

À Issy-les-Moulineaux, la transformation numérique engagée depuis une trentaine d’années franchit une nouvelle étape. Après avoir modernisé les services et structuré l’accès à l’information, elle devient un outil opérationnel au service de la transition climatique. L’enjeu est désormais de mesurer, comprendre et réduire l’empreinte environnementale du territoire, en s’appuyant sur les usages réels des habitants et des acteurs locaux.

Cette évolution repose sur un socle solide. La généralisation des démarches en ligne, l’ouverture des données publiques et les expérimentations conduites dans des environnements de type Living Lab ont installé une culture de l’innovation à l’échelle locale. Ce capital est aujourd’hui mobilisé pour répondre à un objectif plus structurant : réduire les émissions de gaz à effet de serre et adapter la ville aux effets du changement climatique.

La mise en place d’un budget climat traduit ce changement d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de suivre les actions publiques, mais d’analyser les émissions à l’échelle du territoire dans son ensemble : mobilités, bâtiments, usages numériques, comportements. Cette approche associe les habitants, les entreprises et les institutions dans une logique de responsabilité partagée.

Les outils numériques jouent un rôle central dans cette stratégie. Plateformes interactives, tableaux de bord, visualisations permettent de rendre accessibles des données complexes. Le projet Clim’Act Issy, développé dans le cadre du programme européen Climaborough, en donne une illustration concrète : des bâtiments seront prochainement modélisés en 3D pour visualiser les consommations d’énergie, les émissions de CO₂ ou la production de déchets. Ces supports seront ensuite utilisés lors d’ateliers associant visites, quiz et mises en situation, afin de relier les données à des gestes du quotidien.

Dans le domaine des mobilités, les expérimentations menées avec l’application Geco Air ou les travaux de l’Observatoire des mobilités, conduits dans le cadre du projet européen Elaborator, permettent de mesurer les pratiques et d’en objectiver l’impact. Les données produites alimentent à la fois les décisions publiques et la sensibilisation des habitants à leur propre empreinte carbone.

Cette articulation entre numérique et climat repose sur une exigence de lisibilité. Les indicateurs sont traduits en unités compréhensibles — euros, kilowattheures, kilogrammes de CO₂ — pour faciliter leur appropriation. L’objectif est de transformer l’information en levier d’action, en donnant à chacun des repères concrets.

La démarche intègre également une réflexion sur la sobriété numérique. Le développement des services s’accompagne d’une attention portée à l’impact environnemental des infrastructures, des données et des équipements. Le numérique n’est plus uniquement envisagé comme une solution, mais aussi comme un domaine à réguler et à optimiser.

Cybersécurité : des conseils pour bien se protéger

Dans un environnement où les démarches en ligne se généralisent et où les fraudes numériques se multiplient, la sensibilisation aux cyberattaques s’impose comme une mission d’intérêt général. Longtemps cantonnées aux entreprises ou aux administrations, ces menaces touchent désormais l’ensemble des usagers, à travers des usages ordinaires : messagerie, réseaux sociaux, services en ligne. Face à cette évolution, l’enjeu consiste à diffuser des repères simples et opérationnels pour permettre à chacun d’adopter des réflexes de vigilance.

Interrogé par Point d’Appui, le capitaine Dominique Bogé, chef du département prévention et protection du Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace, souligne que les principales failles relèvent d’abord des pratiques individuelles. Les mots de passe constituent le premier point de vulnérabilité : trop simples, réutilisés d’un service à l’autre ou insuffisamment renouvelés. L’usage d’un gestionnaire dédié, comme KeePass, recommandé par ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information), permet de sécuriser l’ensemble des identifiants dans un espace unique, protégé par un mot de passe principal.

Autre point critique : les mises à jour. Lorsqu’un système propose une actualisation, cela signifie qu’une faille a été identifiée. Reporter cette opération expose directement les équipements à des intrusions. Leur installation rapide constitue une mesure de protection essentielle.

La messagerie reste le vecteur d’attaque le plus fréquent. Les tentatives d’hameçonnage reposent sur des messages incitant à cliquer sur un lien ou à transmettre des informations sensibles. Plusieurs indices permettent de les repérer : une adresse d’expéditeur incohérente, un ton inhabituel, des formulations approximatives ou une demande sans rapport avec le service invoqué. Des courriels imitant des organismes officiels, comme l’Assurance maladie, redirigent ainsi vers des sites frauduleux dont l’apparence est crédible, mais qui sollicitent des données injustifiées, notamment bancaires. En pratique, aucune institution ne demande ce type d’informations par courrier électronique.

La prévention repose ainsi sur des gestes simples : sécuriser ses accès, maintenir ses équipements à jour et vérifier systématiquement l’origine et la cohérence des messages reçus. Des réflexes qui, à l’échelle individuelle, constituent la première ligne de défense face à des menaces devenues massives.