Mis à jour le 2 février 2024

Claire Mérouze, pilote de Rafale : « chaque vol est un défi ! »

Le 12 janvier dernier, à l’occasion de la cérémonie des Vœux de la Municipalité, André Santini a remis des « Isséens d’Or » à deux femmes : Nina Métayer et Claire Mérouze. Si tout le monde a entendu parler de la cheffe pâtissière Nina Métayer, peu en revanche connaissent la Lieutenant-colonel Claire Mérouze, 38 ans, première femme pilote de Rafale en France. Entretien.

Point d’Appui : Vous voici désignée « Isséenne d’Or ». Une réaction ? 

Claire Mérouze : Je suis d’abord extrêmement fière et très honorée. C’est aussi une reconnaissance pour les femmes car le combat que nous menons est encore long. Mais on a beaucoup avancé et c’est un beau témoignage que d’avoir, avec Nina Métayer, deux femmes pour ce prix-là. C’est aussi une reconnaissance de la Ville pour les militaires qui sont nombreux à vivre à Issy. 

P.A : Depuis combien de temps êtes-vous installée à Issy-les-Moulineaux ? 

C.M. : Mon mari habite à Issy-les-Moulineaux depuis 2 ans et je l’ai rejoint il y a 6 mois. Nous nousysommes mariés le 30 septembre dernier, devant monsieur le Maire. Nous avons acheté à Issy suite à de nombreux retours positifs de collègues militaires qui y étaient installés. Les espaces verts, les réseaux de transports, la gestion des enfants, ici la vie est agréable. Issy m’offre également une proximité avec mon lieu de travail à Balard, l’ensemble regroupant les états-majors des Forces armées françaises. 

PA : Vous êtes la première femme pilote de Rafale de France, comment en êtes-vous arrivée là ? 

C.M. : Mon père était navigateur dans l’armée de l’air. Le navigateur est celui qui est en place arrière de l’avion de chasse. Il m’emmenait sur des meetings, dans les musées. Dès l’âge de 5 ans je savais que je voulais devenir pilote. J’ai donc suivi une scolarité adaptée pour finalement intégrer l’école de l’Air de Salon de Provence qui est l’école pour devenir officier dans l’Armée de l’air et de l’espace. J’yai suivi le parcours de formation du pilote de chasse et j’ai terminé première de ma promotion. J’ai donc pu choisir l’affectation que je voulais : dans un Rafale, où il n’y avait que deux places disponibles. 

P.A : Quels sont les défis à relever dans ce métier ? 

CM : Ce sont surtout des défis personnelscar le parcours, de la formation à la pratique, est long, difficile et éprouvant. C’est un métier exigeant qui demande d’être toujours au Top, physiquement et en termes de performances. Il faut avoir du caractère et toujours viser l’excellence. Il faut donc réussir, sans arrêt, à maintenir sa motivation, à se remettre en question, à affronter les difficultés et, parfois surmonter certains échecs comme un vol raté par exemple. Ensuite, peut-être plus en tant que femme, il faut arriver à trouver un équilibre avec sa vie privée, familiale. Pas toujours facile à faire comprendre dans un milieu qui reste très masculin. Enfin, et je viens de connaître ça, il faut gérer la maternité, parce que dès qu’on est enceinte on arrête de voler. Et c’est une période difficile à accepter. 

P.A : Vous redoutiez la reprise ? 

C.M. : Oui et non. Il y a des choses qui reviennent très vite, naturellement. Et d’autres où il m’a fallu un peu plus de temps pour retrouver mon niveau, notamment physiquement.Par exemple, retrouver marésistance aux facteurs de charge que l’on acquiert avec la fréquence à laquelle on vole. Quand on vole moins, forcément on résiste moins bien.Et puis il a fallu me réinsérer dans la progression professionnelle dans laquelle j’étais avant d’accoucher. Le niveau de sollicitations est tellement élevé que ce n’est pas si simple de reprendre après un an d’arrêt. Mais c’est revenu ! Et puis je dois assumer mon choix d’avoir voulu des enfants. Mais j’étais consciente des conséquences sur mon activité. 

P.A : Que ressent-on lorsque l’on est aux commandes d’un Rafale ? 

C.M. : Physiquement, cela ressemble un peu à certaines sensations que l’on a dans des manèges, cette sensation d’écrasement (le facteur de charge calculé en nombre de G), le poids. La différence c’est que dans un manège on subit, là je suis aux commandes. En vol je peux monter jusqu’à 9G, dans un manège je crois que c’est 3-4 G. Il faut aussi gérer aussi la tension nerveuse, le stress, le physique, l’oxygène dans le masque, les procédures à respecter et, bien sûr, les objectifs de la mission… Tout ça est très fatigant, les personnes qui ont la chance d’embarquer comme passager ressortent souvent épuisés comme si ellesavaient fait un marathon dans la journée. Après, cela dépend de la difficulté des vols. Les vols de navigation sont moins violents physiquement que les vols de combat, où là c’est hyper violent. Mais aujourd’hui, mon expérience me permet de mieux gérer mes différents vols. Mais chaque vol est un défi. 

P.A : En tant que première femme pilote de Rafale en France, quel impact pensez-vous avoir sur celles qui rêveraient de vous imiter ? 

C.M. : C’est surtout leur montrer que c’est possible ! Que si on veut y arriver et que l’on y met tout ce qu’il faut pour, on peut y arriver. Nous ne sommes que deux femmes à voler sur Rafale, moi depuis2012 et une deuxième pilote en 2018. Nous avons valeur d’exemple et je suis souvent sollicité par de jeunes filles qui veulent prendre exemple sur mon parcours. C’est le message que je leur fais passer. Et je leur souligne toujours le rôle de la maternité, qui est, selon moi, le principal obstacle. Contrairement aux hommes qui eux, peuvent reprendre, immédiatement après un congé paternité d’un mois, nous, les femmes on ne vole pas pendant un an (le temps de la grossesse puis le congé maternité). Certes, nous pouvons rendre service au sein de l’escadron, travailler sur simulateur, préparer des missions, former les autres, mais on ne vole pas. Et avoir un enfant peut vous faire voir vos priorités d’une manière différente. Il faut bien y penser. Moi j’ai eu mes enfants assez tard. 

P.A : Avez-vous réussi à équilibrer votre vie de nouvelle mère et de pilote ? 

C.M. : Oui et je ne suis pas seule ; Je m’appuie sur mon mari pour l’organisation des missions, la garde des enfants, les déplacements. A Issyles-Moulineaux, je compte aussi beaucoup sur le périscolaire de l’école qui permet de déposer les enfants suffisamment tôt et de les récupérer suffisamment tard. Et je suis près de mon lieu de travail. Je peux aussi compter sur mon cercle familial bordelais et le choix d’Issy n’est pas anodin puisque nous sommes à 20 minutes à peine en métro de la gare Montparnasse d’où partent les trains pour Bordeaux. C’est vraiment pratique.