Mis à jour le 12 juin 2026

Canal+ et Arte : deux visions de la transformation numérique au Festival #VivaIssy

Comment les chaînes de télévision s’adaptent-elles aux bouleversements provoqués par le numérique ? La question était au cœur de deux conférences organisées le 11 juin dans le cadre du Festival #VivaIssy 2026. Réunissant deux acteurs majeurs de l’audiovisuel implantés à Issy, Canal+ et Arte France, ces rencontres ont montré que la transformation numérique emprunte des chemins différents.

D’un côté, Canal+ cherche à accompagner l’évolution des usages de consommation audiovisuelle. De l’autre, Arte France, récemment installée dans de nouveaux locaux à Issy après avoir rapatrié Arte Studio, explore les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour renouveler les formes de création artistique. Deux approches différentes qui témoignent de la capacité d’innovation d’un secteur confronté à une concurrence et à des usages en constante évolution.

Pour Marylise Oger, directrice du digital de Canal+ France, le principal défi est aujourd’hui celui de l’attention. L’arrivée des téléviseurs connectés a profondément modifié les habitudes du public. Désormais équipés dans 72 % des foyers français, ils offrent un accès direct à une multitude de plateformes et de contenus. Résultat : la consommation de télévision linéaire recule tandis que le streaming à la demande continue de progresser.

Cette abondance crée un nouveau problème : le choix. Les utilisateurs passent en moyenne 26 minutes à chercher un programme à regarder et près d’un abonné sur deux se dit prêt à résilier un service s’il ne trouve pas rapidement un contenu qui l’intéresse. Face à cette « fatigue décisionnelle », Canal+ mise sur une combinaison d’éditorialisation humaine, de recommandations personnalisées et d’intelligence artificielle afin de rendre son catalogue de 150 000 contenus plus lisible et plus accessible. La transformation numérique du groupe dépasse largement l’application myCanal. Canal+ a également repensé sa présence sur les réseaux sociaux. Les comptes Instagram, TikTok ou YouTube ne sont plus de simples relais promotionnels des programmes de la chaîne. Ils fonctionnent désormais comme de véritables médias éditoriaux traitant de l’actualité du cinéma et des séries dans son ensemble afin de créer une communauté engagée et de toucher des publics plus jeunes.

Autre évolution marquante : l’émergence des moteurs de recherche conversationnels comme ChatGPT ou Gemini. Canal+ adapte désormais sa stratégie de référencement pour être visible non seulement sur Google mais aussi dans les réponses générées par les intelligences artificielles. Une évolution qui illustre l’apparition de nouveaux intermédiaires entre les médias et leurs publics.

À quelques centaines de mètres de là, Arte France mène une réflexion d’une autre nature. Avec le programme « PhantasIA », présenté par Daniel Khamdamov, responsable du laboratoire de recherche et d’innovation d’Arte France, la chaîne franco-allemande explore depuis un an et demi les usages créatifs de l’intelligence artificielle. L’objectif n’est pas de produire plus vite ou moins cher, mais de permettre à des artistes d’expérimenter de nouvelles formes de narration et d’expression.

Le programme a déjà donné naissance à des projets très variés : créations musicales, œuvres photographiques, films d’animation ou récits spéculatifs. Les artistes utilisent l’IA pour questionner la mémoire, l’histoire, l’identité ou encore notre rapport aux images. Loin d’une vision techniciste, Arte revendique une approche centrée sur les auteurs et sur la dimension culturelle de l’innovation.

L’exemple du court-métrage « Funeral Vengeur », présenté par sa réalisatrice Louise Gib, a particulièrement illustré cette démarche. Derrière les images générées par l’IA se cachent un véritable travail d’écriture, de mise en scène, de direction d’acteurs et de composition visuelle. L’intelligence artificielle apparaît ici comme un nouvel outil de création, comparable à d’autres innovations techniques qui ont accompagné l’histoire du cinéma.

Les échanges avec le public ont également mis en lumière les interrogations que soulève l’essor de l’IA dans les industries culturelles : disparition de certains métiers, manipulation des images, souveraineté technologique ou encore avenir du cinéma. Pour Arte, la réponse passe par une appropriation critique de ces technologies, dans le respect des valeurs européennes et des exigences de transparence imposées par la réglementation.

Ces deux conférences ont finalement mis en évidence une même réalité. La télévision ne se résume plus à la diffusion de programmes sur un écran. Elle devient un écosystème où se croisent plateformes numériques, réseaux sociaux, moteurs de recherche, intelligence artificielle et communautés en ligne.

Canal+ répond à cette transformation en facilitant l’accès à des contenus toujours plus nombreux. Arte l’aborde en explorant les nouvelles formes de création rendues possibles par les technologies émergentes. Deux stratégies distinctes, mais un objectif commun : continuer à répondre aux attentes de publics dont les usages évoluent plus vite que jamais.

Leur présence à Issy-les-Moulineaux illustre également le rôle particulier joué par la ville dans l’écosystème audiovisuel français. Entre chaînes de télévision, entreprises technologiques, écoles de création et acteurs de l’innovation, le territoire constitue depuis plusieurs décennies un laboratoire privilégié des transformations qui façonnent les médias de demain.