Mis à jour le 16 juillet 2022

Aude Legrand : Maître en son domaine

Représentant la quatrième génération des Legrand à Issy-les-Moulineaux, Aude suit la voie tracée par ses arrières grands-parents en 1912 et pose un nouveau jalon à cette aventure familiale en obtenant le titre de Maître Caviste. Rencontre.

Quand on pousse la porte du Chemin des Vignes par cette après-midi du mois de mai, c’est son sourire accrocheur qui nous accueille. Aude Legrand, 44 ans, a repris depuis une dizaine d’années l’affaire familiale. Ses arrières grands-parents sont arrivés à Issy en 1912. Épiciers, ils vendaient des vins fins, du thé et du café. C’est la génération suivante qui s’est spécialisée dans le vin, en acquérant notamment les caves qui permettent de stocker et de mettre en bouteille. Tous les vins de la boutique sont conservés dans ce lieu, situé à flanc de coteau, sous le jardin botanique. Plus de 3000 m2 de caves où la température est constante, l’humidité stable et la lumière bannie : le lieu idéal en somme où sont stockés également les vins de particuliers, de palaces parisiens ou d’importateurs étrangers.

Point d’Appui : Comment devient-on maître caviste ?
Aude Legrand : Il faut d’abord adhérer à la Fédération des Cavistes Indépendants. Ensuite, il faut répondre à différents critères. Le premier est de transmettre, former ses apprentis, son personnel. Cela passe par des ateliers de dégustations, des rencontres avec les vignerons et nécessite 10 ans d’expérience dans le métier du vin. Il s’agit de savoir apporter un conseil technique sur les vins, spiritueux et boissons fermentées : le savoir-boire.

P. d’A. : Que signifie ce label ?
A. L. : Ce label de Maître Caviste est une professionnalisation. Il vient récompenser 20 ans de travail et participe à l’image du caviste comme professionnel aguerri du vin. Il concrétise une expérience. Il n’est pas là pour former une élite au sein de la profession. C’est le rôle du Concours du meilleur caviste. Mais tend plutôt à valoriser l’ensemble d’une profession, les valeurs d’un métier.

P. d’A. : Quelles sont les évolutions du métier justement ?
A. L. : Chaque génération s’inscrit dans son temps. Le travail est très différent. Dans les années 70, il s’agissait de choisir des vins œnologiquement corrects, sans défauts, par la sélection d’une éthique, d’une approche, d’une qualité. Aujourd’hui, alors que le nombre de vins et la production est beaucoup plus resserrée, il s’agit de mieux comprendre les besoins du client et de conseiller la bonne bouteille à la bonne personne. Les connaissances mises en jeu sont différentes : elles concernent les produits et la gastronomie. Reste la qualité essentielle : avoir le sens du commerce, savoir écouter le besoin.

P. d’A. : Les femmes prennent aujourd’hui leur part dans cette transformation...
A. L. : Oui, mais comme ailleurs. Aujourd’hui, les femmes assument leur métier, comme caviste, comme vigneronne. Elles ne sont plus secrétaire, vendeuse ou comptable de la boutique de leur mari. Les équilibres se créent.

P. d’A. : Vous êtes également Vice-Présidente de la Fédération des Cavistes Indépendants. Sentez-vous une différence entre les cavistes urbains et ceux situés en campagne ?
A. L. :
Oui, mais elle tient essentiellement dans les pratiques d’achats. En ville, on a moins de place et on est plus spontané. Donc on aura tendance à acheter une bouteille en fonction d’un repas ou d’un met. À la campagne, on se déplace en voiture donc on est plus prévoyant. On achète alors des quantités plus importantes pour être sûr de disposer des vins que l’on aime.

P. d’A. : Le Chemin des Vignes va fêter ses 110 ans en 2022...
A. L. : On travaille encore à l’organisation de ces festivités, en famille. Avec mon frère Mathieu et son restaurant Issy Guinguette installé juste à côté ; avec mon père Yves et le vin qu’il produit à partir des 450 pieds de vigne replantés en 1989 sur les côteaux du Chemin des Vignes. Une idée pleine de bon sens ! L’Ile-de-France était le plus grand vignoble de France au Moyen-Âge : il y avait donc toutes les raisons de penser qu’on pouvait produire du très bon vin ici. À Issy...

Alors que la sonnette de la porte retentit, Aude Legrand s’échappe pour accueillir, avec le sourire, le client qui vient d’entrer et lui apporter tous les conseils qui lui seraient nécessaire. Dès lors, nul doute qu’Aude Legrand règne en maitre sur son domaine : le vin.

Infos chemindesvignes.fr

Les raisins du Chemin des Vignes

Chaque année, le raisin est récolté par des élèves de la ville (une école différente par an). Après l’avoir mis en barrique, les élèves travaillent au dessin de l’étiquette qui est apposée sur les bouteilles de leur cuvée. La vente vient abonder la caisse de l’école. Les vignes appartiennent à la Confrérie Saint-Vincent d’Issy-les-Moulineaux, qui existait déjà au Moyen-Âge.