À Issy-les-Moulineaux, les étoiles au cœur du lien social
Il y a quelque chose d'un peu vertigineux dans l'idée que les planètes, les galaxies et les constellations puissent servir de fil conducteur à un projet de cohésion sociale. Et pourtant, c'est exactement le pari que s'apprête à relever le CLAVIM avec la création du Centre socioculturel situé aux Épinettes, dont l'ouverture est prévue pour février 2027 avec le soutien de la Ville d’Issy-les-Moulineaux, de la CAF du 92 et du Département des Hauts-de-Seine.
L'histoire commence bien avant les plans d'architecte. Au début des années 2020, des enfants des accueils de loisirs construisent un nid pour le faucon crécerelle avec la Ligue de Protection des Oiseaux, et l'installent au sommet d'un immeuble de Seine Ouest Habitat et Patrimoine. Depuis lors, chaque printemps, les gamins du quartier guettent si « Madame » a choisi le nid pour s'installer avec « Monsieur». Une anecdote en apparence anodine, mais qui résume à elle seule la philosophie du projet : partir du vivant, du concret, du sensible, pour construire quelque chose ensemble.
Un quartier à la croisée des mondes
L'esplanade des Constellations — renommée ainsi après consultation des habitants en 2018 — trône en son centre, comme un clin d'œil prémonitoire à ce qui se prépare. Car si le quartier bénéficie d'une dynamique associative réelle, il manque d'un lieu fédérateur. C'est ce que confirment les entretiens menés auprès des habitants par l'équipe projet, ainsi que les questionnaires complétés par les Isséens qui démontrent un attachement fort au quartier, qualifié de « village ». La demande est là, plurielle : de la cuisine, de la danse, du théâtre, de l'aide aux démarches administratives et de l'accès aux droits — et, plus inattendu, des étoiles.
« Il n'existe aujourd'hui aucun centre social dans les Hauts-de-Seine qui inscrit son projet social autour des sciences participatives, de l'astronomie, de la biodiversité », affirme Bruno Jarry, directeur du CLAVIM. L'assertion est forte. Elle dit quelque chose d'une vision où la science n'est pas l'apanage des grandes institutions, mais un droit fondamental inscrit dans les droits culturels.
Le futur équipement disposera d'espaces dédiés à cette ambition : un fonds d'ouvrages de vulgarisation scientifique, et au sommet du bâtiment, une lunette astronomique mobile pour l'observation du ciel nocturne. Une métaphore architecturale du projet : partir du terrain, du quotidien, pour s'élever vers l'universel. Pour garantir la rigueur scientifique du projet, un conseil scientifique rassemblera des institutions renomméescomme le CNRS, la Société Astronomique de France, l'Observatoire de Paris-Meudon, l'Institut du Monde Arabe et la Ligue pour la Protection des Oiseaux.
Mais l'originalité du projet tient moins à ses équipements qu'à sa méthode. Le CLAVIM l'assume : il faut changer de posture. Trop longtemps, les équipes ont « pensé à la place des habitants ». Le centre socio-culturel vise autre chose : mobiliser les habitants comme auteurs et acteurs de leur quartier, pas seulement comme bénéficiaires d'une offre de services. Les associations partenaires et membres du groupe projet — l'ASTI pour les ateliers linguistiques, La Fabrique d'Issy pour la convivialité et le développement durable, Un Quotidien Plus Vert pour l’environnement avec des ateliers jardinage et compostage, des balades en ville et en forêt, l'ALPEGE pour le soutien aux enfants et aux parents — sont pleinement intégrées à cette dynamique sans oublier la mobilisation essentielle du CCAS pour promouvoir un accueil et une information assurés par des travailleurs sociaux et des services municipaux de la Ville durable et de la démocratie locale.
La question de la gouvernance est posée avec lucidité : comment offrir une autonomie réelle au centre ? Comment représenter les enfants, les adolescents, les familles, les seniors, dans les instances de décision ? Certains évoquent même la pertinence de « représenter la nature » dans cette gouvernance.
C'est cette même capacité à relier le grand et le petit, l'infiniment éloigné et l'immédiatement proche, que cherche à cultiver le Centre socioculturel des Épinettes avec le soutien de la fédération des centres sociaux des Hauts-deSeine. Le département des Hauts-de-Seine ne s'y est pastrompé en primant le projet dansle cadre des Prix Hauts-de-Seine 2030, qui récompensent des initiatives porteuses de solutions concrètes au service des transitions sociales, environnementales et territoriales. Là où un faucon crécerelle a tout commencé, les étoiles pourraient bien finir par réchauffer un quartier.
Ils portent le projet
Les membres du groupe projet sont nombreux et engagés. Plusieurs d'entre eux témoignent.
Elodie Révolte, directrice du CCAS
« Le CCAS a mobilisé son expertise sociale et en matière de réponses aux besoins du territoire en contribuant à la définition des orientations du futur centre et aux travaux de diagnostic, de réflexion collective et aux groupes de travail thématiques. Le CCAS a contribué à la réflexion en promouvant notamment l’articulation entre actions sociales et actions socio-culturelles mobilisant une vision de prévention, d’orientation et de premier accueil social au sens large. Cette dynamique vise à favoriser des réponses globales et transversales et soutenir l’implication des habitants et des bénévoles.Le CCAS se propose de tenir des permanences d’accueil, d’information et d’orientation 1 à 2 demi-journées dès septembre 2026 en développant une dynamique d’aller-vers pour améliorer l’accès aux droits et soutenir les publics dans leurs démarches diverses, rapprocher les services sociaux des habitants et renforcer l’accessibilité. D’autres actions sont encore en réflexion collective, en direction des seniors ou encore des personnes isolées. »
Katia Pereira Dos Santos, coordinatrice bénévole de La Fabrique d'Issy
« Notre association, qui gère La Fabrique d'Issy, interviendra ponctuellement dans le centre autour de l'axe de transition écologique et sera un relais d'information et de médiation vers les services proposés par le futur centre pour les habitants qui fréquentent notre tiers-lieu. Que le centre socio-culturel et le groupe scolaire attenant travaillent ensemble en bonne intelligence pour permettre aux enfants et aux familles les plus fragiles d'être accompagnés — afin de permettre à tous les enfants de "réussir" à l'école, et pas seulement à ceux qui sont culturellement et socialement favorisés ! Que les adolescents du quartier puissent trouver au sein du centre des espaces de vie pensés pour eux, puis investis et transformés par eux, dans un souci de les faire participer et de les rendre acteurs de la vie de leur quartier. Que cet ensemble architectural soit le plus ouvert possible sur le quartier et laville, et qu'il donne envie à tous de faire société ensemble ! »
Alain Vinatier, président de l'ASTI
« Dès l'origine du projet sur lacréation du futur Centre Socio-Culturel des Épinettes, l'ASTI a participé tant à l'ensemble des journées d'information et d'échanges qu'à plusieurs commissions — gouvernance, partenaires, offres de service, bénévolat. Elle se propose d'ouvrir une antenne d'apprentissage du français (FLE) de deux niveaux d'enseignement, deuxfois par semaine,ainsi qu'une permanence de médiation administrative et sociale et d'accès aux droits. »
Xavier Mazingue-Desailly, membre du CESEL
« Ce temps avec les jeunes des Épinettes a surtout participé à lever le voile sur leur rôle passé, présent et futur pour la préservation et l'évolution du quartier des Épinettes qu’ils affectionnent. Je suis convaincu que le caractère fédérateur de ce projet de centre socio-culturel va donner une nouvelle dimension sociale et intergénérationnelle à notre quartier pour l’ancrer davantage dans la dynamique du « bien vivre ensemble ». J’ai trouvé ce moment d’échange instructif. Il a permis de découvrir les aspirations et propositions de contributions de ces jeunes si souvent croisés. »