Petit-déjeuner débat #VivaIssy : comment l’Europe peut-elle peser face aux géants du numérique ?
Sous pression géopolitique — Russie de Vladimir Poutine, États-Unis de Donald Trump, Chine de Xi Jinping — l’Europe fait face à une autre forme de puissance : celle des grandes plateformes numériques.
Invité de la rencontre, Jean-François Soupizet, ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne chargé du numérique et des relations internationales, aujourd’hui conseiller scientifique chez Futuribles International, décrit l’émergence d’un « septième continent ». Dans son ouvrage intitulé « Big Tech, le 7e continent Qui gouvernera le Net ? Les scénarios du pouvoir numérique mondial », à paraître mi-avril, il qualifie ainsi les oligopoles américains et chinois devenus des acteurs structurants de nos économies.
Ces acteurs structurent l’accès à l’information, captent la valeur économique et orientent les comportements. Leur modèle repose sur la monétisation des données, dans un environnement où la logique du « gagnant rafle tout » renforce les positions dominantes. Elles disposent désormais de leviers autrefois réservés aux États, de l’identité numérique aux infrastructures cloud.
Trois modèles s’affrontent : les États-Unis, qui s’appuient sur leurs entreprises pour projeter leur puissance, la Chine, qui articule étroitement État et acteurs technologiques et l’Europe, qui privilégie la régulation — RGPD, DMA, DSA — sans disposer d’acteurs industriels de taille équivalente. Le risque d’un duopole sino-américain ou d’une fragmentation de l’internet est désormais posé.
La question centrale demeure : comment l’Europe peut-elle tirer parti du numérique sans devenir dépendante de ces acteurs transnationaux ? Parmi les pistes évoquées, une adaptation des règles de concurrence pour faire émerger des champions européens, un effort accru en recherche stratégique et une mobilisation de l’épargne pour financer l’innovation.
Le rôle des citoyens constitue un autre facteur déterminant. L’adhésion actuelle aux services numériques repose sur leur efficacité et leur simplicité. Mais elle pourrait évoluer rapidement en cas de crise majeure, notamment liée à la sécurité des données.
Le débat se poursuivra lors du Festival #VivaIssy, du 9 au 16 juin, où souveraineté numérique et technologies émergentes resteront au cœur des échanges.