la révolution
Dans l'histoire de la carte à jouer, la Révolution témoigne d'une créativité exceptionnelle. Pour la première fois, ces cartons ludiques vont servir de véritable instrument de propagande. En 1791, l'Assemblée Constituante décide l'abolition des corporations de métiers et la suppression des taxes sur les cartes. Les fabricants cartiers sont désormais libérés des modèles imposés par l'Ancien Régime. L'idée de révolutionner les cartes intervient plus tard, en 1793 lorsque la Convention étend l'application de la suppression des signes de royauté et de féodalité aux cartes à jouer. La plupart des fabricants se contentent d'effacer les symboles reconnus de la monarchie et de la noblesse, en les remplaçant par des coiffures informes et des bonnets phrygiens. Par opposition, les ardents patriotes vont s'exprimer dans des cartes révolutionnaires "régénérées" où les rois sont devenus des Génies, les dames des Libertés, les valets des Egalités. Parmi les autres réalisations où qualité artistique rivalise avec contenu idéologique, on peut distinguer deux grands groupes : les Sages, les Vertus et les Braves, tirés de l'Antiquité classique, aux côtés des Eléments, des Saisons et des Cultivateurs, naïve et bucolique émanation du calendrier républicain. La chute de Robespierre en juillet 1794 met un terme à ce mouvement.
Génies et Egalités au Portrait "corrigé" de Guyenne. Anonyme, France, période révolutionnaire. Gravure s/bois; coul. au pochoir. © Cl. MFCJ / F.Doury.
"Jean-Jacques Rousseau". Carte d'un jeu révolutionnaire avec "Sages, Vertus et Braves". Anonyme, Paris, France, 1793-1794. Gravure s/bois; coul. au pochoir. © Cl. MFCJ / F.Doury.
Cartes d'un jeu de type Eléments / Saisons / Cultivateurs. Pinaut, Paris, France, vers 1793/94. Gravure s/bois; coul. au pochoir. © Cl. MFCJ / F.Doury.