
Dans
l'histoire de la carte à jouer, la Révolution témoigne
d'une créativité exceptionnelle. Pour la première fois,
ces cartons ludiques vont servir de véritable instrument de propagande.
En 1791, l'Assemblée Constituante décide l'abolition des corporations
de métiers et la suppression des taxes sur les cartes. Les fabricants
cartiers sont désormais libérés des modèles imposés
par l'Ancien Régime. L'idée de révolutionner les cartes
intervient plus tard, en 1793 lorsque la Convention étend l'application
de la suppression des signes de royauté et de féodalité
aux cartes à jouer. La plupart des fabricants se contentent d'effacer
les symboles reconnus de la monarchie et de la noblesse, en les remplaçant
par des coiffures informes et des bonnets phrygiens. Par opposition, les ardents
patriotes vont s'exprimer dans des cartes révolutionnaires "régénérées"
où les rois sont devenus des Génies, les dames des Libertés,
les valets des Egalités. Parmi les autres réalisations où
qualité artistique rivalise avec contenu idéologique, on peut
distinguer deux grands groupes : les Sages, les Vertus et les Braves, tirés
de l'Antiquité classique, aux côtés des Eléments,
des Saisons et des Cultivateurs, naïve et bucolique émanation du
calendrier républicain. La chute de Robespierre en juillet 1794 met un
terme à ce mouvement.






