Plaquettes d'exposition

HERMAN

Jean-Luc Herman, compagnon des poètes...

C'est il y a quelques années maintenant, au Festival International de Poésie des Trois-Rivières au Québec que j'ai rencontré Jean-Luc Herman qui exposait ses oeuvres. C'est dire que l'œuvre de ce peintre s'inscrit pleinement dans la compagnie de la poésie qui la nourrit amplement, tant par ses rapports à l'écriture que par sa quête d'un langage intérieur. Toute de transparence, sa peinture est une recherche de l'absolu, absolu où la couleur est sans fioritures, sans gestes gratuits, sans artifices, dans un dépouillement presque mystique. La traversée de la transparence n'est pas moins difficile. Autant que puisse l'être l'apparence. Les toiles n'expriment pas le monde extérieur à l'horizontale mais tendent verticalement vers un désir d'élévation, de pureté intérieure, d'oubli de la modernité fétichiste et aliénante pour donner à la couleur tout l'espace de la toile... celui du vide plein. Il y a chez Jean-Luc Herman une peinture du silence contre un monde bavard et bruyant, un besoin de méditation, de regard aussi loin que puisse le faire un regard intérieur, comme une attitude de prière aussi ascétique. Elle exige de celui qui regarde d'écouter la musique dans la limpidité et l'économie du son. La musicalité plastique fait de la toile l'écho profond du monde invisible, celui-là qui puise sa source dans la lumière... du cœur et de l'âme. Seule concession faite par le peintre à ce combat exigeant entre soi et la lumière est d'être sélectif pour certaines couleurs, notamment le jaune ou l'ocre, couleurs chargées de connotations symboliques fortes, à chercher du côté de l'Orient extrême et millénaire. La modernité de la peinture n'est pas dans ce qui semble donner l'impression d'un langage moderne mais dans l'appel à tous les sens cachés et profonds dans la complexité de l'être, luttant contre les contraintes des écoles et des courants. Et ce n'est pas le moindre paradoxe de cette modernité qui a tant besoin de recourir à la tradition la plus éloignée et la plus reculée pour dire son humanité et sa résistance contre l'appauvrissement de la matière, au prix de la solitude de soi et de l'œuvre dans l'aventure humaine. En cela Jean-Luc Herman rejoint bien des poètes dans leur quête d'une meilleure modernité.

Tahar Bekri.