LES VILLES JUMELLES

Pékin / District de Dongcheng - République Populaire de Chine

« Une expérience internationale donne beaucoup de relief à une carrière »

À seulement 27 ans, Rebecca Loviconi a déjà un parcours international riche. Très tôt, l’apprentissage des langues étrangères s’est avéré une évidence pour elle. Pas étonnant donc, de la retrouver à Pékin, où elle est Chargée de mission audiovisuelle auprès de l’Ambassade de France en Chine…

Pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?
Rebecca Loviconi:
J’ai une double spécialisation : management des médias et langue chinoise. J’ai commencé à apprendre le chinois mandarin à l’âge de onze ans par cours particuliers. A l’époque le chinois n’était pas encore enseigné à Issy. A dix huit ans, après le bac, je suis partie deux ans étudier à Pékin avant de rentrer faire mes études aux Langues Orientales à Paris. Très tôt, le « passif » accumulé durant les années de cours particuliers est devenu « actif ». J’ai été recrutée comme interprète dès l’âge de vingt ans sur des missions d’accompagnement en Chine. Quand la ville d’Issy s’est jumelée avec un district de Pékin en 1997, le bureau des relations internationales a fait appels à mes services. Dès mes 22 ans et jusqu’à mon départ à Pékin en septembre 2007, j’ai effectué les missions d’accueil de délégation pour la ville en tant qu’interprète en parallèle à mes études aux Langues Orientales puis à l’ESCP. Je travaille aujourd’hui au sein du service audiovisuel de l’Ambassade de France à Pékin. Ma mission est de promouvoir le cinéma français et les œuvres audiovisuelles (télévision, radio, musique et jeux vidéos), aussi bien que de mettre en contact les professionnels français et chinois dans ce domaine.

L’international, est-ce important selon vous? En quoi ?
R. L.:
J’ai grandi dans une famille où l’international était et demeure une partie intégrante du quotidien : ma mère est Française d’origine algérienne, mon père Français, aventurier des temps modernes, a passé sa vie à sillonner le monde. Il parlait parfaitement 12 langues et maîtrisait 9 langues supplémentaires. Très jeune, mes parents m’ont initiée, ainsi que mes sœurs et mon frère, au goût du voyage. Une de mes sœurs a elle aussi choisi le mandarin, l’autre a étudié le coréen dès l’âge de 9 ans. A travers l’autre, on apprend à mieux se connaître soi-même.
Je ne parlerai pas d’importance, mais plutôt d’évidence. On ne peut plus appréhender le monde dans lequel on vit comme une mappemonde. Les distances et les frontières entre les pays se sont largement raccourcies, elles ont même disparues selon le regard que l’on porte sur elles. Le monde d’aujourd’hui - grâce aux télécommunications - rend possible l’échange instantané avec l’autre bout du monde. Nous ne pouvons plus vivre en demeurant ethno-centrés. Il est nécessaire de s’ouvrir sur l’Europe et le reste du monde pour contribuer à des échanges où l’on gagne mutuellement l’un et l’autre grâce à des positions stratégiques communes.

Comment avez-vous pris conscience de cette importance ?
R. L.:
Comme je l’ai expliqué plus haut, cette évidence fait partie de mon éducation. Je suis très heureuse d’avoir pu grandir à Issy. Je trouve la ville fascinante quant à son ouverture internationale : Le fait que la ville soit jumelée avec autant de pays différents témoigne d’un dynamisme certes, mais un dynamisme avant-gardiste. Le jumelage avec la Chine remonte à 1997 à une époque où on entendait beaucoup moins parler de ce pays qu’aujourd’hui. Grâce à cette « avance », de nombreux échanges ont pu être mis en place dans une véritable collaboration, notamment dans le secteur scolaire, ce qui donne aujourd’hui des relations privilégiées avec ce partenaire incontournable. Il faut savoir que les Chinois sont très sensibles à la notion de fidélité.

Et concrètement, que vous apporte une expérience à l’étranger ?
R. L.:
Professionnellement, l’expérience à l’international donne beaucoup de relief à une carrière. Cela montre aux recruteurs une curiosité et une ouverture d’esprit qui est toujours bénéfique à une entreprise ou une organisation. Après, tout dépend de l’expérience et du pays en question, et comment on valorise cette expérience.
Personnellement, il est toujours enrichissant de se trouver au contact d’autres mentalités et de cultures différentes, d’apprendre une autre langue. Dans une ville cosmopolite comme Pékin, on rencontre des Chinois bien sûr mais aussi beaucoup d’étrangers de toutes origines. La diversité dans l’échange rend plus fort.

Partir à l’étranger, est-ce difficile ? Quelles structures peuvent aider ?
R. L.:
Il est toujours préférable de commencer le plus tôt possible et par des séjours courts. Pour ce qui est des structures, je pense d’abord à Erasmus pour l’Europe, et aux programmes de bourses d’échanges qui existent entre certains établissements. J’ai toujours voyagé seule sans encadrement particulier donc je ne connais pas vraiment les structures existantes.
Ce qui est difficile, c’est de quitter sa famille et ses amis, vivre loin de ses repères, devoir s’en créer d’autres. Tout le monde n’est pas fait pour l’expatriation car au-delà des fantasmes demeurent des sacrifices. Il ne faut pas sous-estimer ce point là.

Quelles sont les clés de la réussite ?
R. L.:
Tout dépend des critères que l’on attribue à la réussite. Il est bien entendu plus facile de s’intégrer et de trouver ses marques en parlant la langue du pays où l’on va, ou du moins avoir pour projet de l’apprendre sur place. Ensuite, il faut garder une curiosité pour ce qui se passe autour de soi, aller vers les autres. Le défaut des Français à l’étranger est que la très grande majorité reste dans un cercle communautaire franco-français. Ce n’est pas propre aux Français et j’ai pu le remarquer surtout chez les Latins, les Espagnols et les Italiens sont eux aussi très communautaires. Je trouve que c’est dommage parce qu’ils passent à côté de pas mal de choses. J’essaie moi-même de garder un équilibre entre mes amis Français, Chinois et étrangers. Enfin, il faut partir sans préjugés, parce que la réalité ne correspond jamais tout à fait à ce qu’on avait imaginé.


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