Sic-Wah Yip, professeur de chinois au lycée Ionesco, nous livre sa vision de l'enseignement qu'il prodigue à ses élèves avec conviction et pédagogie.
« Quel est votre parcours ?
Sic-Wah Yip : Une majeure partie de mes études secondaires et ma formation universitaire ont été effectuées en France. J'ai appris le français à ces occasions-là. Cela fait vingt ans que je vis en France. Et la langue française m'est devenue plus « maternelle » que le chinois. J'enseigne le chinois à Issy depuis la rentrée 2002.
Le chinois est-il une langue difficile ?
S.W. Y. : Les difficultés de l'apprentissage du chinois se mesurent à son degré de différence au français. Tout d'abord la notation écrite, elle fascine et déroute au même titre un élève français qui de par sa langue maternelle mobilise plus la mémoire auditive que celle visuelle dans l'apprentissage d'une langue. L'écriture chinoise qui n'est pas à proprement parler phonétique exige un effort méthodique pour sa maîtrise. À part les sinogrammes, la prononciation du chinois moderne constitue une deuxième barrière. En effet, de nombreux phonèmes du chinois ne se retrouvent pas dans la phonétique du français. D'autant que les Français ne sont pas connus pour leur bon accent quand ils parlent les langues étrangères… C'est essentiellement une question d'effort et de conscience.
Quelle a été l'évolution de la demande d'apprentissage du chinois à Issy-les- Moulineaux depuis que vous y enseignez ?
S.W. Y. : Le public devient de plus en plus nombreux et diversifié d'année en année. Le chinois n'est plus une discipline d'élite. Il ne doit d'ailleurs pas l'être. Il serait absurde de croire que seuls les « bons » élèves sont aptes à apprendre le chinois. Apprendre c'est avant tout une question de volonté personnelle. Je suis toujours heureux de voir que certains de mes élèves malgré leurs difficultés dans d'autres disciplines ou en dehors du cadre scolaire ont pu un tant soit peu retrouver leur confiance en eux grâce à leur intérêt pour le chinois. Beaucoup poursuivent leur amour pour la Chine après leur bac. Nous avons même une ancienne élève sinisante qui a été reçue au département du chinois à l'École Normale supérieure de Lyon! Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. »