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DÉCOUVRIR LES GRANDS COMPOSITEURS

Découvrir Schubert

L’ampleur et la profondeur de l’œuvre de Schubert dépasse l’imagination pour un homme ayant à peine dépassé la trentaine. Une œuvre assez récemment réévaluée, et le compositeur apparait désormais comme un des plus puissants génies de la musique , à l’égal d’un Mozart, Bach ou Beethoven.

FRANZ SCHUBERT 1797-1828
 
Sa popularité bien assise de nos jours tient peut être aux caractéristiques émotionnelles de sa musique : intimisme, mystère de l’humain, frissons devant l’inconnu, flottement et fluidité des sentiments oscillant entre triste douceur et moments de révoltes avortées. En ce sens Schubert parle à chaque individu, et l’importance de l’amitié dans sa vie de bohème à Vienne transparait également dans sa musique.  Le maître du lied, largement représenté ici, ne doit pas faire oublier ses quelques 300 autres compositions : sa musique de chambre inspirée lui a valu un début de notoriété, mais ses nombreuses réalisations pianistiques sont aussi reconnues désormais à leur juste valeur, alors que ses partitions symphoniques (hormis « l’Inachevée ») et ses compositions religieuses sont encore à réellement découvrir, sans compter un corpus pour piano à quatre mains de haute qualité. Schubert fut par ailleurs le premier grand compositeur professionnel, ne dépendant pas d’un quelconque mécène ou grand bienfaiteur, à revendiquer son statut et essayer de vivre de son art.  
 
 
- Franz Schubert : pack découverte, Médiathèque 2010, MED
 
Découvrir en un bloc Schubert est possible avec ce pack. Une revue pour prendre contact avec l’homme en compagnie de l’excellent « best of » du label Virgin, qui étonne par la qualité des interprétations récentes d’œuvres pourtant rabâchées (ex : le lied « ave maria »). Un DVD du grand vulgarisateur de la musique classique J.F Zygel accompagnera l’apéritif. Les plus convaincus pourront poursuivre la nuit tombée avec une analyse magistrale et accessible de R.Stricker ou un court essai littéraire concernant notamment les dimensions du temps et de l’espace dans son art, ce en compagnie de la quintessence de sa musique pour piano, 3 sonates et 3 « pièces pour piano » en compagnie d’A. Brendel. « Le chant des esprits sur les eaux », chœur pour voix d’hommes pourra accompagner l’aube naissante.
 
 
- Impromptus / Schnabel, p. Emi 2005, MED
 
Arthur Schnabel a été le premier vrai « redécouvreur » du Schubert compositeur pour piano, souvent bien délaissé par les interprètes jusqu’à ces années cinquante. On ne peut que s’incliner devant telle osmose d’un pianiste avec ces partitions qui ouvrent un domaine promis à un bel avenir : la pièce courte pour piano. Choisir Zimerman pour un enregistrement moderne, qui gagne en esthétisme ce qu’il perd en émotion. En sus, on n’oubliera pas qu’ outre les trois sonates du pack découverte, les 18 autres contiennent de multiples beautés explorables avec un Radu Lupu ou un Wilhelm Kempff.  
 

- Trio pour piano n.2 ; Fantaisie D.934/ Busch/Serkin Emi 1987, MED
 
L’enregistrement qui nous occupe est magnifique à plus d’un titre : le trio est sans doute l’une des œuvres les plus célèbres de Schubert (grâce notamment à la musique de Barry Lyndon), la fantaisie pour violon et piano un chef d’œuvre méconnu de maturité. Les interprètes, les frères Busch et le jeune Rudolf Serkin sont sans doute les plus grands interprètes de musique de chambre d’avant guerre. Des enregistrements des années trente qu’on n’a pas réussi croyons nous à égaler depuis, et le report technique de l’enregistrement est ici bien moins problématique que pour des grands ensembles. On pourra méditer tout ce que peut traduire la dédicace du trio de la part de l’auteur : « à personne, sauf à ceux qui y prendrons plaisir »
 
 
- La truite ; La jeune fille et la mort / Quatuor Amadeus DG 1998, MED
 
Une mélodie a inspirée un des mouvements du quintette pour piano « la Truite », composé en pleine nature et à un moment serein de l’existence du compositeur. Même creuset originel mélodique pour le 14ème quatuor, beaucoup plus dramatique et un des sommets du genre toutes époques et compositeurs confondus.
L’accessibilité des ces œuvres, leurs contrastes et leur haute valeur d’inspiration en font un CD idéal pour découvrir le Schubert chambriste.  
 
 
- Quintette à cordes / Quatuor Berg Emi 1983, MEDCHA
 
Dans son quintette Schubert choisit de doubler le violoncelle plutôt que l’alto (Mozart), dans une volonté d’élargissement orchestral. Le résultat est saisissant dès les premières mesures et il n’est pas étonnant de voir cette œuvre placée au pinacle de la musique de chambre du viennois, et parfois toutes époques confondus par nombre de musicologues ou mélomanes.   
 

- 8 symphonies / Böhm, dir. DG 2000, MED
 
Célèbre pour ses deux dernières symphonies (L’« Inachevée » et La « Grande» dont nous conseillerons les interprétations par Kleiber et Walter), c’est au titre des 6 premières pourtant que nous conseillerons ce disque, car ici se rencontre un Schubert méconnu, plein de sève et de vie (jeunesse oblige ?) et un K. Böhm des dernières symphonies de Mozart.  Bref un Schubert qui cette fois évite les fluides émotionnels en prise avec l’inconscient pour une pure exaltation de joie vitale.  
 
 
- Lieder/ Hendricks/Lupu Emi 1986, MED
 
A égalité avec une « grande ancienne » Elisabeth Schwartzkopf ou une Gundula Janowitz, sans doute le CD idéal pour aborder la mélodie schubertienne. Les lieder les plus dramatiques ont avec Hendricks sans doute moins d’impact que chez ses consoeurs, mais les plus chantants acquièrent avec sa voix légère mais généreuse un charme irrésistible. Brahms tenait les chants de Suleika comme les plus belles mélodies jamais composés, et on aura du mal à en trouver meilleure interprétation. Rendons  hommage également à Radu Lupu, grand pianiste schubertien dont l’accompagnement enrobe d’un écrin sublimement nuancé la chanteuse.
 

- La Belle Meunière/ Kaufmann/Deutsch Decca 2009, MEDCHA
 
Cycle de lieder célèbre, qui parvient à lier inspiration mélodique populaire et profondeur émotive. Jonas Kaufmann réussit le tour de force d’au moins égaler ses nombreux prédécesseurs dans cette performance captée sur le vif. Il apparait clair avec lui que l’œuvre était bien originalement destinée à un ténor, et son timbre relativement sombre pour sa tessiture est idéal pour évoquer la transition entre les lieder les plus enjoués du début aux plus poignants qui les suivent.  
 
 
- Intégrale des Lieder : (coffret sur demande)/ int. Divers/Johnsson. Hyperion 2005, MED
 
Ach…un coffret de 40 CDs pour de la découverte ? Et pour les seuls lieder ? Oui et ce pour plusieurs raisons : Le corpus schubertien comporte 600 ( !) mélodies, pas seulement le recueilli « Avec Maria » et la moitié sont de grande qualité, or seuls les trois cycles et quelques petites dizaines sont au répertoire des concerts et la plupart très peu enregistrés…bref les pépites méconnues voir inconnues abondent...pour les découvreurs type chercheurs d’or.  Ensuite pour la palette interprétative : Des dizaines de chanteurs et chanteuses se croisent dans cette somme à qui le pianiste Graham Johnson, architecte du projet sur presque 20 ans , permet de conserver unité de conception. Les chanteurs « confirmés » (Schreier, Price, Ameling, Lott, Lipovsek, Baker…) croisent d’ex « étoiles montantes » désormais reconnues (Schäfer, Goerne, Bostridge…) On n‘aura qu’un regret : l’absence des textes exégétiques de Johnson sur chaque lied , présent dans les CDs séparés, qui forment un ensemble incroyable d’érudition schubertienne. Sir Graham peut quitter cette terre satisfait…Inépuisable ensemble.
 
 
- Le Voyage d’Hiver : pack découverte, Médiathèque 2010, MED
 
Bon ce n’est pas bientôt fini avec ces lieder ! Mais il était impossible de passer sous silence cette œuvre phare du genre , bénéficiant ici de l’approche made in med « pack découverte ». Le grand Fischer-Dieskau, un peu trop oublié jusqu’ici, croise Alfred Brendel pour un enregistrement DVD inédit au disque (1979) , et les mélomanes pourront redécouvrir un enregistrement de guerre méconnu de Hans Hotter, et une non moins étonnante interprétation par Christine Schäfer, une voix soprano inusitée dans l’œuvre, dont la qualité d’interprétation prouve l’universalité inépuisable des approches possibles de cet opus. Enfin en renforts deux autres versions iconoclastes :  de chambre et contemporaine. Ouf …Emballez, c’est pesé.   
 
 
- Alfonso und Estrella : opéra / Suitner, dir. Berlin Classics , 1994 MED
 
Schubert n’a pas laissé grand trace dans l’histoire de l’opéra , malgré de nombreuses compositions. (en majorité de courts Singspiels, soit). On peut lui reprocher une approche trop peu dynamique de la scène, l’action y est sans doute trop statique…Mais en aucun cas un manque d’inspiration musicale. Cet opéra est là pour le prouver avec de nombreux passages proprement enchanteurs servis notamment par le grand baryton Herman Prey. Le temps lui a manqué pour s’affirmer dans ce domaine, et il travaillait d’ailleurs sur un opéra au moment de sa mort. 
 

- Les grandes messes/ Sawallisch, dir. Philips 1990, MEDCHA
 
Les deux dernières messes de Schubert sont splendides, et on peut remarquer une omission particulière du compositeur dans le texte du credo : le passage faisant obédience à l’église catholique. La dernière a la force d’inspiration des plus belles pages religieuses d’un Mozart de Requiem et la puissance de celles d’un Bach ou Beethoven. On n’oubliera pas facilement la course à l’abîme de l’Agnus Dei conclusif.
 

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