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DÉCOUVRIR LES GRANDS COMPOSITEURS

Découvrir Mahler

Issu d’une minorité juive installée en Bohème, celui qui demeure sans doute avec Sibelius le plus grand symphoniste d’un riche entre deux-siècles hérite de la tradition romantique allemande mais son art ouvre pleinement sur la modernité.
GUSTAV MAHLER 1860 – 1911
 
Reconnu de son vivant comme un très grand chef d’orchestre, son œuvre en tant que compositeur aura du mal à s’imposer.  Je suis trois fois apatride! Comme natif de Bohême en Autriche, comme Autrichien en Allemagne, comme juif dans le monde entier » dira-t-il.
Une jeunesse estudiantine pauvre mais tumultueuse en compagnie d’un Hugo Wolf tout aussi rétif que lui à la discipline prussienne le propulse pourtant rapidement à diverses directions d’orchestre, jusqu’à son apogée à Vienne puis New York. En butte à l’hostilité professionnelle ou idéologique de nombreux critiques, qui culminera ensuite sous le nazisme, sa psychologie d’adulte ne pourra que rester marquée par certaines impressions d’enfance, d’où le côté parfois grinçant et l’humour noir présent dans sa musique.
La mort d’un frère cadet chéri ou l’écoute purement hasardeuse d’une mélodie sur orgue de barbarie (après fuite d’une grave dispute parentale) aurait aussi pu colorer ses compositions, ainsi que son goût enfant pour les défilés militaires. Des rapports difficiles avec sa femme Alma ou la mort d’une fille n’arrangeront rien, sauf lorsqu’ils peuvent se retirer l’été au bord d’un lac et que Mahler peut enfin composer au calme, loin de sa suractivité professionnelle habituelle.
Mahler n’en reste pas moins un humaniste qui sait aussi célébrer une vie luxuriante et panthéiste, ouverte sur l’infini. « Elan vital le plus ardent, désir brûlant de la mort : ces deux sentiments règnent en moi tour à tour, au point de se succéder parfois en l’espace d’une heure », confie-t-il dès ses 20 ans.      

Medley de Mahler  : 7 minutes pour découvrir le compositeur.
(reprend certains extraits présentés ci-dessous)

 
 
Deux sommes et un site pour les omnivores curieux
 
Les plats sont copieux, mais si on part en vacances ou si la télé commence à vous gratouiller fâcheusement l’occiput, le temps se trouve…
 
- Mahler : pack découverte, Médiathèque 2010, MED
 
Un très bon film documentaire vous présente le Mahler intime, sur une bande son originale : du jazz expérimental qui respecte l’esprit de sa musique, performance rare que vous retrouverez en CD dans le même ensemble.
Le néophyte comme l’amateur confirmé seront ravis par la compilation d’adagios des grands mahlériens de l’écurie EMI tel Tennstedt ou Barbirolli, alors que l’amateur de voix pourra savourer la quasi intégralité des mélodies avec orchestre dans des interprétations de qualité, comme celles de Christa Ludwig ou Janet Baker pour des « Rückert Lieder » d’anthologie.
La biographie tout à fait digeste de Stéphane Friederich comblera les plus curieux. Symphonie et lied s’ensemencent mutuellement tout au long de la carrière du compositeur, chose heureuse car si Mahler dirige de main de maître les opéras de son temps, il n’a lui-même jamais eu le temps d’en composer, si l’on excepte quelques esquisses de jeunesse.
Adagio Symphonie N°7, Tennstedt
 
 
- The People’s Edition, DG 2010, MED
 
Une initiative originale des maisons Decca & Deutsche Grammophon : faire participer l’amateur (sondage internet) à l’élaboration de l’intégrale « idéale » des symphonies du compositeur.
Un résultat à la hauteur de l’idée qui nous permet de retrouver l’incontournable Bernstein dans ce répertoire (5 & 6), mais aussi un Solti pour une ééénorme symphonie (-cantate) n°8 « des Mille », Abbado pour la complexe 7ème et une 3ème de concert, le surprenant Mehta qui ressuscite une splendide 2ème, tandis que Giulini spiritualise la 9ème. Et si vous appréciez la 1ère, racée, de Kubelik, signalons également l’intégrale sous son seul nom à notre catalogue. Karajan étant légèrement moins convaincant ici (4ème), retrouvons le donc un peu plus loin… La cerise est constituée par l’ adagio de la 10ème (in)achevée, par Chailly.
Bref une somme assez colossale, grâce à laquelle le génie orchestral de Mahler n’aura plus de secrets pour vous. Citons le : «  Ce en quoi je m’estime en avance, au point de vue instrumentation, sur mes contemporains comme sur mes prédécesseurs, peut se résumer en un mot : clarté ! »
Symphonie n° 10, adagio
 
 
Attention, exégèse suivie de vincent , mélomaniaque mahlérien de très haut vol , avec en sus des commentaires d’Henri Louis de La Grange, auteur de la monumentale biographie du compositeur (3500 pages disponibles chez notre collègue du conservatoire…) 
 
 
Quelques interprétations marquantes de symphonies
 
Débuter en douceur dans Mahler peut passer par l’approche de ses symphonies les plus abordables, vous pouvez le faire avec ces quelques gravures. Mis à part la 9ème, nous négligerons par la même les symphonies « géantes » du compositeur, les crises de gigantisme étant pêché mignon à notre avis du grand artiste, pour nous concentrer sur ces œuvres les plus ramassées dans le genre.
 
- Symphonie n.1 « Titan »/ Ancerl, dir. Supraphon 1996, MED
 
La version de Bruno Walter est souvent citée pour ce qui s’avère sans doute la meilleure « première » de l’histoire, mais rendons hommage à la grande tradition musicale tchèque avec cet enregistrement de Karel Ancerl.
Eveil de la nature en ces débuts, plus loin une célèbre marche funèbre sur le thème de « Frère Jacques » (euh pardon… Bruder Jakob). Le mélange de sérieux et de trivialité de certains passages fut mal perçu à l’époque, car nouveau dans la musique dite « savante »
Symphonie n° 1, marche funebre, Ancerl
 
 
- Symphonie n.2 « Résurrection »/ Klemperer,dir. Emi 1989 , MED
 
Une symphonie qui rencontra dès sa première en 1895 un certain succès, peut être par son ambition beethovénienne qui trouve écho à Vienne : un long final avec chœur. Une marche funèbre impressionnante ouvre le bal, mais c’est sans doute le 3ème mouvement inspiré d’un lied qui fait toucher du doigt l’originalité de ton du compositeur.
Tout comme pour son illustre devancière, ce sont pourtant ces deux mouvements qui dominent l’ensemble, dans une symphonie aussi inspirée que structurellement assez déséquilibrée. Un lied est composé pour cette symphonie, comme pour les deux suivantes.
Un des chevaux de bataille de Klemperer, avec des lignes assez tranchantes pour cette version de 1962.   
Symphonie n° 2, 3eme mvt, Klemperer
 
 
Si vous ne prenez qu’un document : s'initier en douceur :

- Symphonie n.4/ Haïtink,dir.
Philips 1993 , MED  
La plus faussement « douce » des symphonies de Mahler, dont le chef hollandais Bernard Haitïnk a gravé plusieurs versions, toutes mémorables. Dernière d’un trio de symphonies à lieder, nous avons choisi cet enregistrement récent de par la qualité technique irréprochable de l’enregistrement et les cordes fabuleuses d’un philharmonique de Berlin des grands jours, que doit hanter le fantôme de Karajan.
L’adagio notamment vous ménera vers le ciel, l’enfance et le paradis entrevu étant le thème avoué de l’œuvre.   
Symphonie n° 4, adagio, Haitink
 
 
- Symphonie n.5/ Inbal,dir. Denon 1986 , MED
 
Mahler abandonne avec sa 5ème la « musique à programme » plus ou moins avouée des précédentes, ramasse les lignes compositionnelles malgré un étonnant scherzo de 18 minutes, abandonne le chant comme complément philosophique.
L’inusable adagio du « Mort à Venise » de Visconti a permis une première percée de l’œuvre du compositeur chez le grand public. Le militantisme de Bernstein a enfoncé le coin, mais en Europe c’est l’intégrale du chef Eliahu Inbal qui a vraiment marqué le renouveau de l’intérêt des mélomanes pour notre homme, à l’heure de l’envol commercial du Compact Disc.
Citons le : «  Ce en quoi je m’estime en avance, au point de vue instrumentation, sur mes contemporains comme sur mes prédécesseurs, peut se résumer en un mot : clarté ! »…Illustration avec cet enregistrement à marquer d’une pierre blanche.
 
Un problème technique empêchant l’extraction de cette interprétation particulière, nous vous signalons son écoute possible intégrale sur YouTube. (il n’est disponible ni sur Deezer, ni sur Music me)
 
 
- Symphonie n.9/ Karajan,dir. DG 1982 , MED
 
Mahler avait renoué avec le chant symphonique avec sa 8ème symphonie et « Le Chant de la Terre » (cf ci-dessous), avec sa 9ème , il n’en a même plus besoin car il traite les instruments de façon nouvelle : « la prose musicale est construite, ce qui conduit les instruments à parler » Dieter Schnebel.
Deux longs mouvements lents encadrent deux pages plus « terrestres », ramassées et tendues. Le premier est un monde en soi, et peut être le plus fantastique de Mahler. « J’y vois l’expression d’un amour exceptionnel pour cette terre, le désir d’y vivre en paix, d’y jouir pleinement des ressources de la nature – avant d’être surpris par la mort » Alban Berg.
Karajan, au soir de sa vie, est au diapason, cet enregistrement live est tout simplement hallucinatoire.  
Symphonie n° 9, 4eme mvt, Karajan
 
 
 
Un bouquet de lieder et une œuvre inclassable
 
Mahler a composé des mélodies pour piano de haute qualité, mais c’est dans le lied avec orchestre qu’il se déploie totalement et innove. « Le lied possédant naturellement chez Mahler la dimension symphonique, s’intègre naturellement au genre ; il n’en constitue qu’une des sources ! La symphonie mahlerienne en revanche trouvera dans le lied, dont elle sera plus qu’un simple agrandissement, un style mélodique, un climat poétique et métaphysique » Marc Vignal.
Le pack recommandé au début de la discographie vous comblera, mais pour une approche plus « light », trois enregistrements remarquables :
 
 
- Das Klagende Lied / Cahill/Baker/Tear/Howell/RozhdestvenskyCarlton Classics 1995, MED
 
Un Mahler de 20 ans tend déjà vers la fusion de la voix et du symphonique, avec pour résultat cette curieuse mais inspirée cantate profane, ou conte médiéval en forme de ballade géante pour solistes, chœur et orchestre. « Mahler lui même avait prédit en 1893 qu'il n'arriverait jamais à imposer Das Klagende Lied" et il se trompait à peine. Il le dirigea plusieurs fois en public, tout d'abord à Vienne en 1901, puis à Amsterdam, mais l'ouvrage fut en général mal accueilli par la critique. Aujourd'hui encore, il est méconnu et sous-estimé et cet oubli est notoirement injuste. Non seulement la partition révèle qu'à vingt ans Mahler avait déjà découvert tous les traits caractéristiques de son style, mais elle s'impose aujourd'hui encore par son étonnante maîtrise, sa puissante originalité et sa vie expressive » Vincent.  
Un disque rare tiré des archives de la radio britannique.
Das Klagende Lied
 
 
Lieder / Gerhaher/Huber RCA 2010, MED
 
Splendide compilation des lieder avec piano en compagnie d’un des plus exceptionnels artistes dans ce répertoire au XXIème siècle.  Son « mezza voce » rendrait jaloux même un Fischer-Dieskau. Inventivité constante du compositeur dans les « chants d’un compagnon errant » ou ceux extraits du « Cor merveilleux de l’enfant ».
Ici tous ces lieder sont pour voix d’homme, la sienne, affirme André Tubeuf car Mahler ne sert pas vraiment les poètes comme un Schumann ou un Wolf, « il s’en sert ». 
Lieder Und Gesange - Ablosung in Sommer
 
 
- Le Chant de la Terre
Ferrier/Patzak/Walter.
Philips 1993 , MEDCHA


- Le Chant de la Terre
Ludwig/Wunderlich/Klemperer.
Philips 1993 , MED
 
« Symphonie pour ténor, alto et orchestre » sur des poèmes universels traduits du chinois (sic !) , créée à Munich en 1911 par son ami Bruno Walter, six mois après la mort du compositeur.  Nous retrouvons le même chef une quarantaine d’année plus tard avec la voix extra-terrestre de Kathleen Ferrier dont le timbre au bord du tombeau dans l’ »abschied » (adieu) final pourra vous arracher une larme. Un enregistrement dans un excellent son mono de 1952 qui trône parmi les sommets de la discographie depuis soixante ans, avec celle de Klemperer, autre chef mahlérien historique. Comparons donc l’ouverture des deux interprétations de Walter et Klemperer .
Das Lied von der Erde, Ferrier
 
 
La boucle est ainsi bouclée concernant la fusion du chant vocal et du style symphonique, montrant l’unité globale d’une oeuvre d’auteur.
 

Un Mahler hors des sentiers battus
 
 
- Uri Caine : urlicht ; primal light Winter et Winter 1997, MED
 
Nous ne résisterons pas à vous conseiller cet ovni jazz d’Uri Caine, déjà cité plus haut. Et rendons hommage au travail du distributeur de labels indépendants Abeille Musique.
Symphonie n° 1, Uri Caine
 

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