Du mardi 31 janvier au dimanche 1er avril
Médiathèque centre-ville
En entrée libre
(mardi 13h-21h, mercredi 10h-19h,
jeudi et vendredi 13h-19h,
samedi et dimanche 10h30-18h)

Poèmes-mêlés © Jean-Philippe Peynot
La démarche de Jean-Philippe Peynot : intercaler des poèmes pour réinterroger mutuellement leur sens et leur forme. Tendre une bâche blanche sur un châssis, comme on préparerait un tableau, mais pour l’envahir de signes typographiques saturant l’espace. Créer des poèmes et des tableaux mêlés, reproduits dans des couleurs brutes, dans un jeu d’oppositions et d’échos.
Face à ces œuvres, nous sommes conduits à prendre progressivement conscience de notre propre travail d’interprétation, à la fois infime, multiple et incessant.
Une interprétation infime : avant toute réflexion ou concentration de notre part, les textes et les images créent déjà du sens pour nous. Avant même d’être lu, le poème se donne déjà en tant qu’objet plastique, comme un mur de texte d’où les mots se détachent tels des atomes de sens. Inversement, les tableaux reproduits, incomplets et modifiés, sont immédiatement lus par l’esprit comme des signes typographiques rappelant à la mémoire visuelle leurs originaux complets.
Une interprétation multiple : une fois concentrés, nous sommes amenés à tester activement différentes méthodes de lecture des œuvres : faut-il essayer de lire ces Mélanges et ces Poèmes-mêlés en continu, ou en alternance, ou encore en parallèle ? Chaque démarche apportera une réponse différente.
Une interprétation incessante : en l’absence de solution univoque, le spectateur ne peut être que renvoyé à lui-même, à son mouvement de recherche d’un sens, insatisfait tant que celui-ci lui apparaît ou trop partiel… ou trop multiple. En nous voyant nous-mêmes acteur de nos tentatives de décodages, nous voyons que toute signification est tout à la fois image et texte : intuitive et articulée, immédiate et travaillée, reçue et choisie. Face aux flux d’informations, de symboles et références dont notre monde est déjà plein, nous devons finalement nous concevoir comme des ouvriers quotidiens du sens.
Walter Benjamin indiquait que lorsque l’art était devenu techniquement reproductible à l’infini, deux conséquences s’en étaient suivies : la perte de l’aura créée par les œuvres uniques et les spectacles vivants, mais aussi la prise de conscience rétrospective de l’existence de cette aura. Quand le sens nous échappe, c’est qu’il est déjà présent.
Jean-Philippe Peynot est architecte et artiste, il poursuit actuellement une recherche en philosophie sur le thème de la mesure dans l’art contemporain.
Fragments © Jean-Philippe Peynot